Partager l'article ! FEMMES DU MAROC: LA POLITIQUE : Zoulikha Nasri: les fondations royales Elle est la première femme de l'histoire du Maroc à occuper u ...
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Elle est la première femme de l'histoire du Maroc à occuper un poste de conseiller au cabinet royal. Une nomination qui remonte au mois de mars 2000, moins d'un an après l'avènement de Mohammed VI. Titulaire d'un doctorat de droit privé de l'université de Lyon, elle rêvait, plus jeune, d'être juge pour enfants. Elle consacrera pourtant sa thèse au droit des assurances, avant d'entamer une carrière au ministère des Finances. En 1997, elle est nommée secrétaire d'Etat à l'Entraide nationale dans le «gouvernement de technocrates» mis en place par Hassan II. Sept mois plus tard, le souverain lui demande de rejoindre le cabinet royal comme chargée de mission. A ce titre, il lui revient d'animer la Semaine de la solidarité, manifestation dans laquelle le futur roi, alors prince héritier, va s'investir fortement. Dès 1998, un comité d'éthique est mis sur pied pour mieux gérer l'événement. C'est l'embryon de ce qui deviendra la Fondation Mohammed V pour la solidarité. Et c'est aussi le début de sa collaboration avec le futur Mohammed VI.
Au sein du cabinet royal, outre les dossiers qu'elle peut être amenée, comme tous les conseillers, à suivre à la demande du roi, elle est plus particulièrement chargée de gérer les deux fondations créées par le souverain: la Fondation Mohammed V, qui lutte contre la pauvreté, et la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, qui existe, elle, depuis 2003. Une vingtaine de centres de formation ont été ouverts pour les jeunes prisonniers dans les principaux établissements pénitentiaires du royaume. Deux centres d'accueil pour aider les ex-détenus à leur sortie de prison devraient être prochainement créés à Casablanca et à Salé. Zoulikha Nasri a le sentiment d'avoir, en six ans, beaucoup appris sur la société marocaine. Elle avoue avoir aujourd'hui «une vision plus proche de la réalité» que lorsqu'elle était «enfermée dans [son] bureau au ministère des Finances». «A travers les acteurs de terrain que je rencontre, ajoute-t-elle, je suis en permanence à l'écoute de la société.»
Aujourd'hui ministre déléguée chargée de la Communauté marocaine résidant à l'étranger et députée de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), elle a fait ses premières armes de militante au lycée de Meknès, puis à l'université, à Paris, dans les rangs de l'Union nationale des étudiants marocains (Unem). Etudiante en linguistique à la Sorbonne, elle se souvient encore des discussions enflammées de l'époque: la démocratie allait-elle rendre, naturellement, les hommes et les femmes égaux? Ou bien les droits des femmes devaient-ils faire l'objet d'un combat spécifique? Elle penchait plutôt, alors, pour la première thèse. «J'ai changé d'avis, dit-elle, lorsque je suis rentrée au Maroc.»
Son diplôme en poche, Nouzha Chekrouni obtient un poste d'enseignant-chercheur à l'université de Meknès, la ville où elle est née. Très vite, elle adhère à la section locale de l'USFP. Elle va alors gravir les échelons des instances provinciales du parti. Parallèlement, elle s'investit dans une association qui milite pour l'émancipation des femmes. En 1992, elle devient membre du conseil national féminin de l'USFP. Six ans plus tard, Abderrahmane Youssoufi lui offre dans le gouvernement «de l'alternance» le poste de secrétaire d'Etat aux Handicapés. C'est la première fois, au Maroc, qu'un tel portefeuille est créé. Il faut donc tout inventer. Elle s'y emploiera pendant un an avant d'être nommée, en 1999, ministre déléguée à la Condition féminine, à la Protection de la famille et de l'enfance et à l'Insertion des handicapés, des attributions qu'elle conservera jusqu'au passage de témoin, en 2002, entre Abderramane Youssoufi et Driss Jettou.Nouzha Chekrouni est mariée et mère de deux enfants. Son mari milite, lui aussi, à l'USFP. Mais ses enfants - sa fille est à l'université en Belgique, son fils termine au Maroc ses études secondaires - semblent jusqu'ici préférer l'engagement associatif à la politique.
Elle a hérité de son père, le cheikh Abdessalam Yassine, guide et patron de l'association islamiste Al-Adl wal-Ihsane, le goût et l'art de la provocation. A 47 ans, l'égérie des islamistes marocains est l'une des figures féminines les plus médiatiques de la scène politique du pays. Bien qu'elle n'ait aucun titre officiel dans la hiérarchie du mouvement, elle s'est imposée comme le porte-parole officieux d'Al-Adl wal-Ihsane auprès des journalistes tant marocains qu'étrangers. Douée d'un réel sens de la communication, parlant parfaitement français - elle a fait ses études au lycée Descartes de Rabat - elle se dit volontiers féministe, cite l'écrivain Fatima Mernissi, déplore que l'islam fasse trop souvent l'objet d'une interprétation «machiste». Comme elle habite à quelques dizaines de mètres de la prison de Salé, c'est le plus souvent devant le pénitencier que cette jeune grand-mère donne rendez-vous aux représentants des médias qu'elle reçoit ensuite chez elle. Quand son mari est là, c'est lui qui sert le thé. Tandis qu'elle disserte sur la démocratie et le «pacte islamique».
Cette avocate, membre du barreau de Casablanca, a adhéré au parti de l'Istiqlal en 1987. Elle marchait ainsi sur les traces de son père, Abderrahmane Baddou, lui-même membre du comité exécutif et ancien secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères. Pour autant, personne à l'Istiqlal ne s'attendait vraiment à ce qu'elle décide de monter au créneau et arrache en 2002 un siège de député dans la circonscription d'Anfa, à Casablanca. «Je suis, avoue-t-elle, passionnée par la politique.» Nommé Premier ministre à l'issue de ce scrutin, Driss Jettou, qui cherche à faire entrer des femmes dans son équipe ministérielle, lui propose le portefeuille de secrétaire d'Etat chargée de la Famille, de la Solidarité et de l'Action sociale, poste qu'elle occupe depuis lors. Ce qui ne l'a pas empêchée de repartir en campagne en 2003 pour les élections locales et de devenir, dans la foulée, maire de l'arrondissement d'Anfa. Une charge très prenante - Yasmina Baddou est aussi la mère de trois filles qui ont entre 13 et 21 ans - qu'elle juge cependant «complémentaire» à son activité ministérielle. «Cela me permet, dit-elle, de garder le contact avec la population et de ne pas me couper des réalités.» Elle a bien l'intention de se représenter à la députation l'an prochain et de se battre pour garder son siège. En attendant, elle prend à cœur sa fonction ministérielle et peut mettre en avant plusieurs innovations telles que la création d'antennes régionales chargées de la protection de l'enfance et de la lutte contre la maltraitance, un numéro vert pour les femmes victimes de violences conjugales, ou encore la mise en place, à Casablanca, d'un Samu social. Autant d'initiatives concrètes qui lui donnent le sentiment d'être «utile».
Sa passion: les défis. Cette fine et élégante jeune femme est un as de la finance. Depuis mai 2005 à la tête de Maroclear, le dépositaire central des titres de la place boursière de Casablanca, Fathia Bennis continue de faire bouger le paysage économique.Diplômée en droit public, en sciences politiques et en relations économiques internationales (université Mohammed V-Rabat), elle commence sa carrière en 1984 à la Banque centrale (Bank Al-Maghrib), où elle s'occupe des relations avec le Fonds monétaire international (FMI) jusqu'en 1992. Elle travaille alors sur la réforme du marché monétaire et du marché financier. «Cela a été un gros chantier. La Bank Al-Maghrib est l'école de la rigueur. J'y ai beaucoup appris», se souvient-elle. Elle se voit confier la responsabilité du marché monétaire: titres de créances négociables, adjudication des bons du Trésor, refinancement des établissements bancaires et interbancaires.
Une fois la réforme sur les rails, elle est nommée, pour deux ans, à la tête de la Société de la Bourse de Casablanca. Fathia Bennis dit souvent que ce qui la passionne «ce sont les défis, et non le ronron quotidien». Elle va être servie. En 2000, elle passe à un autre secteur: le roi Mohammed VI la charge de diriger l'Office national marocain du tourisme (ONMT). Sous sa houlette, le tourisme marocain continue son envol. Son travail de promotion du Maroc en France lui vaut d'être faite chevalier de l'ordre du Mérite de la République française en 2002.
En prenant, il y a un an, la direction de Maroclear, elle revient à ses premières amours: la finance et les marchés boursiers. Sa principale préoccupation: anticiper l'évolution du marché boursier marocain. «Le marché est embryonnaire. Nous devons, dit-elle, nous préparer à accueillir de nouveaux produits des marchés dérivés, devancer les événements.» Car Fathia Bennis ambitionne de faire du Maroc une référence pour les autres pays en voie de développement. «Nous avons la possibilité d'être un modèle. La place casablancaise est amenée à grandir. D'autres pays peuvent bénéficier de notre savoir-faire», affirme-t-elle.
Outre ses responsabilités à la tête de Maroclear, Fathia Bennis siège dans plusieurs conseils d'administration de grandes entreprises, notamment Royal Air Maroc et la Compagnie marocaine de navigation. Egalement membre fondateur de l'Association des femmes chefs d'entreprise, elle est depuis peu vice-présidente de l'association «2007 daba» qui s'active pour remobiliser et recrédibiliser l'action politique, en vue des élections de 2007. Bahia Chami
Le pétrole, au Maroc, c'est elle. Elle est en effet, depuis août 2000, directrice générale de l'Office national de recherches et d'exploitations pétrolières (Onarep), poste qu'elle cumule avec celui de directrice générale du Bureau des recherches et participations minières (BRPM). Il faut dire qu'Amina Benkhadra, fille de juristes, est bardée de diplômes: elle est diplômée de l'Ecole des mines de Nancy et titulaire d'un doctorat en ingénierie des sciences et techniques minières. Sa toute première expérience professionnelle, c'est à la chambre de commerce de Paris qu'elle l'acquiert. Elle y fait des études sur la prospective des marchés des matières premières. Revenue au Maroc en 1982, elle entre au BRPM comme chef de service dans le département des études minières, dont elle prend ensuite la tête. En 1994, elle est nommée directrice des mines au ministère de l'Energie et des Mines, puis secrétaire générale du même ministère. En 1997, elle devient secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Energie et des Mines, chargée du Développement du secteur minier dans le gouvernement de «technocrates» qui précède celui de l'alternance. En 2003, elle se voit remettre les insignes de la Légion d'honneur par l'ambassadeur de France à Rabat, en même temps que Hakima Himmich et Najat M'Jid. Amina Benkhadra est aussi une grande lectrice, qui affectionne tout particulièrement les romans.
Cette centralienne occupe l'un des deux postes de directeur général du groupe Saham, l'un des plus jeunes holdings du royaume, investi pour l'essentiel dans les services. Elle est, à ce titre, à la tête de plusieurs sociétés du groupe: la CNIA, quatrième compagnie d'assurances du Maroc, des entreprises du secteur de la distribution et plusieurs centres d'appels, une activité dans laquelle le groupe est aujourd'hui leader au Maroc. Après ses études en France, son diplôme d'ingénieur en poche, c'est dans l'Hexagone que Ghita Lahlou a commencé sa carrière avec un premier emploi chez Arthur Andersen. Puis, en 1994, elle a décidé de rentrer au Maroc. Elle a alors intégré l'Omnium nord-africain (ONA), la plus grosse holding du pays, en pleine restructuration. Elle y a occupé plusieurs postes, découvrant notamment le secteur de la distribution. C'est en 2000 qu'elle a décidé de rejoindre le groupe Saham, créé par Moulay Hafid el Alamy, un ancien secrétaire général de l'ONA. La jeune holding espère accompagner l'émergence au Maroc d'une classe moyenne consommatrice de services.
Son père, Abdelkader Bensalah, décédé en 1993, est le fondateur d'Holmarcom, une holding familiale dont les activités vont de la finance à l'agroalimentaire en passant par la grande distribution. Après une enfance aisée à Casablanca, Miriem Bensalah choisit d'aller étudier à l'étranger, d'abord à l'université Paris-Dauphine, où elle apprend la gestion, puis aux Etats-Unis, où elle obtient un MBA en finances et management international. A son retour au Maroc, en 1986, elle intègre le groupe familial avec un premier poste à la Société marocaine de dépôt et de crédit (SMDC), dans le département titres et participations. Trois ans plus tard, elle est nommée à la tête de l'une des entreprises phares du groupe, les Eaux minérales d'Oulmès. Elle n'a alors que 31 ans. En 2003, elle obtient pour cette société un très gros contrat: la licence d'embouteillage et de distribution des boissons du géant américain PepsiCo.
Miriem Bensalah est surtout quelqu'un qui sait diriger. Elle sait écouter, favoriser la concertation, choisir les compétences. Des qualités qui ont été appréciées dans un tout autre domaine, celui du Festival du Grand Casablanca, dont elle a assuré la présidence en 2005 avec un incontestable succès. Elle est aussi pilote d'avion, aime faire de la moto, pratique l'équitation et la chasse, à laquelle son père l'a initiée. Féministe? Elle récuse le terme. «Je ne suis pas féministe. Je ne crois qu'au progrès par la compétence et le mérite», affirmait-elle il y a quelques années dans un entretien à La Gazette du Maroc.
LA VIE ASSOCIATIVE
Médecin, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital Ibn Rochd de Casablanca, elle se bat, depuis près de vingt ans, pour mieux prévenir et soigner le sida. Instrument de ce combat: l'Association de lutte contre le sida (ALCS), qu'elle a créée en 1988, à peine un an après l'apparition du premier cas de la maladie au Maroc. Parler de sexe, entreprendre des campagnes de prévention dans les milieux de la prostitution, féminine ou masculine, n'allait pas de soi dans un pays où ces sujets-là demeurent largement tabous, et l'étaient plus encore à l'époque. Comment intervenir auprès de femmes et d'hommes considérés comme des hors-la-loi? Hakima Himmich obtient le feu vert du wali (préfet) de Casablanca: conscient de l'urgence et de la gravité du problème, il accepte de laisser les volontaires de l'ALCS faire, dans ces milieux, le travail de terrain indispensable à la prévention. En échange, l'association s'engage à rester discrète sur les actions qu'elle mène auprès de ces populations. Aujourd'hui, les choses sont plus simples et il y a moins de non-dits. Depuis quelques mois, les intervenants de l'ALCS ont même des cartes qui les autorisent officiellement à intervenir et à bénéficier de la protection de la police. Première association de lutte contre le sida à avoir vu le jour dans un pays arabe, reconnue d'utilité publique par les autorités marocaines en 1993, l'ALCS a considérablement développé ses activités. Elle dispose de 16 centres de dépistage anonyme et gratuit, ainsi que d'une unité mobile, organise régulièrement des campagnes de prévention tant auprès du grand public qu'auprès des populations à risque, gère une ligne d'écoute téléphonique (du Maroc: 08-100-25-25) et milite pour la défense des droits des personnes séropositives et pour l'accès de tous aux meilleurs traitements. Elle prend aussi en charge l'accompagnement de personnes vivant avec le VIH.
L'une des forces de l'ALCS est sans doute d'avoir su, dès le début, inscrire son action dans un réseau international. Nombre de médecins français, avec lesquels Hakima Himmich avait fait son internat en France, ont découvert la maladie en même temps qu'elle. Les échanges n'ont jamais cessé. Aujourd'hui, l'ALCS travaille avec Sidaction, Sida Info, Act up, comme avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et les agences des Nations unies. C'est aussi dans un cadre international que s'inscrit la campagne qu'elle mène actuellement, avec d'autres, pour que les malades puissent avoir accès aux médicaments génériques de dernière génération.
En décembre 2005, l'association a organisé son premier Sidaction Maroc: six heures de direct sur les quatre chaînes de télévision marocaine. L'opération était placée sous le haut patronage du roi Mohammed VI.
Pédiatre de formation, elle a fondé en 1995 à Casablanca l'association Bayti (Ma maison) pour venir en aide aux enfants des rues. «A l'époque, dit-elle, je pensais que ce serait plus simple. Je ne mesurais pas à quel point la réinsertion de ces enfants pouvait être complexe, ni l'hétérogénéité des situations auxquelles nous allions devoir faire face.» L'association, dont les bénévoles sont appuyés par 57 salariés à plein-temps - éducateurs, assistantes sociales - est présente à Casablanca, Essaouira et Meknès. Elle va au-devant de ces enfants et de ces adolescents en rupture de ban grâce à des équipes d'éducateurs de rue. Ce sont eux qui prennent le premier contact, créent les conditions d'une première écoute avant d'envisager une solution de réinsertion. Certains de ces jeunes ont quitté leur famille à la suite de maltraitances, d'autres, après avoir été placés pour travailler, ont quitté leur employeur. Le retour dans la cellule familiale est parfois possible. S'il ne l'est pas, l'accueil dans un foyer peut être envisagé. Mais, pour aider ces jeunes à se reconstruire, à aller jusqu'au bout d'un projet de vie, il faut être capable de les accueillir et de les suivre pendant des années. L'association, qui travaille en bonne intelligence avec la justice, s'en est donné les moyens: elle leur offre, outre un foyer de transition, la possibilité d'être hébergés dans sept appartements dans lesquels ils se retrouvent à quelques-uns, moins d'une dizaine, en compagnie d'éducateurs. La loi marocaine permet en outre, depuis peu, le placement dans des familles d'accueil. Une formule à laquelle l'association pourrait s'intéresser à l'avenir.Najat M'Jid, qui est également membre du Conseil consultatif des droits de l'homme, où elle est chargée de suivre plus particulièrement la question des droits de l'enfant, s'intéresse, par ailleurs, de près à tout ce qui touche à l'élaboration d'une politique de protection de l'enfance au Maroc. Parce qu'un certain nombre des enfants des rues dont elle s'occupe sont de jeunes délinquants ou risquent de le devenir, la présidente de Bayti travaille, également depuis 2003, sur les conditions de détention des délinquants mineurs, dans le cadre de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus.
Cette infirmière, aujourd'hui âgée de 65 ans, fut au Maroc une pionnière du planning familial, avant de décider de s'occuper plus particulièrement des mères célibataires. Elle crée donc, en 1985, sa propre association, Solidarité féminine, afin de venir en aide à ces jeunes femmes, le plus souvent des petites bonnes abusées par leur patron ou l'un des fils de la maison. L'association gère un centre d'accueil, où les jeunes mamans reçoivent un soutien psychologique ainsi que l'aide d'assistantes sociales qui tentent de convaincre leurs familles de ne pas les abandonner, et parfois de persuader les pères de reconnaître l'enfant. Ensuite, elle leur propose une formation avec l'idée de leur permettre d'être autonomes. Le premier établissement créé par Aïcha Ech-Chenna est un restaurant-traiteur. Les jeunes mères y sont formées aux métiers de cuisinière et de pâtissière, tout en étant rémunérées sur ce qu'elles produisent. Depuis 2004, un deuxième centre a été ouvert, qui comprend un hammam, un salon de coiffure et d'esthétique, et fonctionne sur le même principe. Les jeunes femmes y apprennent à savonner, gommer, masser, coiffer, etc. Elles ne peuvent rester que trois ans dans l'un ou l'autre de ces établissements. Ensuite, il leur faut céder leur place à d'autres et trouver un emploi sur le marché du travail. D. L.
Elle a créé, en 1987, à Casablanca, les éditions du Fennec, qu'elle dirige depuis. Juriste de formation, elle a d'abord collaboré à une revue de droit, puis travaillé chez un éditeur-imprimeur, avant de décider de voler de ses propres ailes. Avec l'idée de fabriquer et de vendre au moindre prix, pour un public qui a un faible pouvoir d'achat, des livres de qualité. Elle aurait aimé ne choisir que des ouvrages littéraires, mais il lui a fallu tenir compte des intérêts du public marocain, en particulier pour les livres pratiques. Eclectique, elle publie aujourd'hui plusieurs types d'ouvrages: romans, essais, guides en tous genres… Elle propose aussi plusieurs collections dans le domaine des sciences humaines, ainsi qu'une collection de livres de poche qui lui permet de pratiquer de tout petits prix. Ces livres-là sont vendus 10 ou 20 dirhams (1 ou 2 euros) et se trouvent également dans les kiosques. Dans certains cas, il s'agit de rééditions d'essais ou de romans déjà publiés par les éditions du Fennec - Rêves de femmes, le tout premier récit littéraire de Fatima Mernissi, est ainsi accessible pour 20 dirhams - parfois de textes originaux, comme cette Réflexion d'un musulman contemporain du grand islamologue tunisien Mohamed Talbi, publiée l'an dernier et vendue 10 dirhams. Certains auteurs préfèrent être d'abord publiés en France. Layla Chaouni rachète alors les droits pour le Maroc, où ils peuvent être ainsi distribués à un prix moins exorbitant. Il arrive aussi que les maisons d'édition françaises s'intéressent à un ouvrage découvert par l'éditrice marocaine. Les éditions de l'Aube ont ainsi récemment publié Morceaux de choix, les amours d'un apprenti boucher, un premier roman de Mohamed Nedali d'abord édité par les éditions du Fennec.
Reste que le métier d'éditrice est difficile dans un pays pauvre où les livres ne font pas partie de l'environnement quotidien. Beaucoup d'enfants n'ont ainsi jamais accès à d'autres ouvrages que leurs livres de classe. Le best-seller des éditions du Fennec, un livre sur les plantes médicinales, s'est vendu à 25 000 exemplaires pour sa version en français, 18 000 en arabe. Celui de Fatima Mernissi, en livre de poche, à 14 000 exemplaires. Layla Chaouni regrette qu'il n'y ait pas d'émission littéraire grand public à la télévision marocaine pour booster davantage les ventes. Du côté des pouvoirs publics, ce fut longtemps l'indifférence. Les choses bougent cependant. Le dernier Salon du livre de Casablanca, en février 2006, a été un succès, grâce notamment à l'énergie de Mounia Nejjar, jeune directrice du livre au ministère de la Culture.
Née sous le ciel de Taroudannt, Fatima Chahid transporte cette ville ocre en elle, depuis toujours. Elle n'a que neuf ans quand elle s'essaie au «dur ciselage» des mots qu'elle tresse en vers. Sa première expérience poétique, raconte-t-elle, est née du choc reçu en découvrant Rabat la blanche, un matin, après une nuit de voyage. La nostalgie sous la langue, elle confie alors sa première impression: «J'ai pensé qu'on m'avait abandonnée dans une ville passée à l'eau de Javel.» Ce n'est cependant qu'en 1983, après ses études (une licence de lettres modernes et une licence de droit), qu'elle va à la rencontre du public en publiant son premier recueil, Imago. L'ouvrage est bien accueilli par la critique. Elle devient, au Maroc, la première femme poétesse à monter sur scène. Elle se souvient encore de l'émotion qui fut la sienne au moment de descendre de la scène, la toute première fois, pour rejoindre un public sous le charme de son verbe.
Songes des hautes terres, Le Nouvel Imago, Aïta Menna: d'un poème à l'autre, elle cisèle les mots pour transmettre, en l'éclairant, le sens de l'humain à ses lecteurs et à ceux qui viennent l'écouter réciter. Sa poésie tourne autour de la trilogie de la vie, de l'amour et de la mort. Elle revendique, profondément, ses origines berbères. Mais elle s'approprie aussi les autres apports, francophone et arabe, qui fondent son identité plurielle. Elle se dit aussi «femme et heureuse de l'être».
La poétesse s'est récemment lancée dans une nouvelle expérience en publiant un roman, La Forteresse. Il y est question de femmes qui vivent dans l'enfermement, mais qui vont s'en sortir: une façon de dire que le Maroc avance sur le front de l'égalité entre les hommes et les femmes, mais aussi qu'il reste encore du chemin à parcourir.Fatima Chahid aimerait que les responsables politiques du royaume se soucient un peu plus de culture. Que l'on développe au Maroc une politique de soutien à la création artistique et que les arts y soient enseignés dans les écoles, dès le cycle primaire. Pour que les jeunes Marocains ne soient pas seulement, demain, des «robots rentables».
Elle vient, à 31 ans, de réaliser son premier long-métrage, Marock. Elle y montre la jeunesse dorée de Casablanca, qui, «parce qu'elle ne manque de rien, se croit tout permis» (1). Elle y raconte aussi une histoire d'amour entre une jeune musulmane et un juif. Du coup, le film, qui avait été présenté à Cannes dans la catégorie Un certain regard en 2005, fait au Maroc, où il n'a toujours pas été projeté, l'objet d'une polémique. Leïla Marrackchi reconnaît bien volontiers que, si elle a choisi ce sujet, c'est qu'elle a grandi dans ce milieu très privilégié. Elle a, se défend-t-elle, montré l'une des facettes d'un Maroc pluriel. Très tôt, cette cinéphile a eu envie de faire du cinéma. Après des études secondaires au Maroc, elle a suivi en France une école de réalisation audiovisuelle, décroché une maîtrise, puis des stages. Elle a d'abord réalisé trois films courts, dont un a été primé en 2002, avant de passer au long-métrage. Elle vit aujourd'hui en France, mais garde de très étroites relations avec le Maroc.
Née à Tanger en 1971, elle a participé, en tant qu'assistante de réalisation, à plusieurs courts-métrages avant de signer, en 1994, son premier documentaire. Elle réalise ensuite plusieurs courts et longs-métrages. En 2003, son premier long-métrage, Les Yeux secs, est salué par la critique internationale. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, où il obtient le prix de la première œuvre, il suscite toutefois, au Maroc, une violente polémique. En mettant en scène la prostitution dans un petit village de l'Atlas, Nerjis Nejjar a brisé un tabou. La cinéaste tient bon, en dépit des critiques, des menaces et des appels à la censure. Elle défend son exigence de «montrer vrai», sans fioritures ni hypocrisie. «Ce n'est pas, dit-elle, en tournant le dos à la vérité qu'on peut faire avancer ce pays que j'aime.» Le film sera finalement diffusé au Maroc en 2004.Depuis, Narjis Nejjar s'est remise au travail. Son nouvel opus, qui sonne comme un clin d'œil, est intitulé Wake Up Morocco. Il sera bientôt sur les écrans.
(1) Interview à Jeune Afrique, 19 février 2006.
Pour ses supporters, elle est Al Marrakchia, la fille de Marrakech. Hasna Benhassi est née, en effet, dans la ville rouge aux mille riads, tout près de la célèbre place Djema'a el-Fna. Elle a d'abord été une spécialiste du 800 mètres. Mais, sur cette distance, il était difficile de déboulonner la Mozambicaine Maria de Lourdes Mutola. Alors, ses entraîneurs ont eu l'idée de la faire courir sur 1 500 mètres. Un coup de poker réussi qui fait d'elle, en 2001 à Lisbonne, une championne du monde en salle. Elle devient, à 23 ans, l'une des reines du demi-fond mondial, succédant à l'Algérienne Hassiba Boulmerka, double championne du monde et médaille d'or olympique. En 2004, aux Jeux olympiques d'Athènes, c'est sur le 800 mètres qu'elle brille, avec une magnifique médaille d'argent. Elle s'est fixé comme objectif d'améliorer encore son palmarès lors des Jeux olympiques de Pékin, en 2008. Elle aura alors 30 ans et elle aimerait terminer sa carrière en offrant à son petit garçon - et à son pays - l'or si convoité. Comme toutes les femmes maghrébines issues d'un milieu populaire, Hasna Benhassi a connu des débuts difficiles. Sa ténacité lui ouvre, en 1996, les portes de l'Institut national des sports, le temple de l'athlétisme marocain. Une sérieuse préparation et une attention particulière de ses entraîneurs lui permettent, une année plus tard, de remporter sa première médaille d'or aux Jeux méditerranéens de Bari (Italie). Sa carrière est lancée.
C'était un jour de l'été 1984. Nawal El Moutawakil devenait la première femme marocaine et arabe à remporter une médaille olympique en gagnant, aux Jeux de Los Angeles, le 400 mètres haies. Nezha Bidouane, qui a alors tout juste 15 ans, assiste à l'exploit devant sa télévision. La jeune gymnaste rêve de faire un jour aussi bien. Sept ans plus tard, elle retrouve Nawal El Moutawakil à l'Ecole nationale d'athlétisme. Elle travaille sous sa direction pendant quelques années. C'est une élève appliquée, persévérante, ambitieuse. Mais, si elle domine assez vite l'athlétisme féminin marocain, elle va mettre du temps à s'imposer sur le plan international.
Elle dispute trois championnats du monde sans connaître les joies du podium. Le doute s'installe alors. Elle se blesse à l'entraînement à plusieurs reprises - le tendon d'Achille, le genou - connaît aussi des épreuves morales avec la perte de deux de ses frères et de son père. Et puis tout s'éclaire. Les obstacles disparaissent et les haies lui ouvrent leurs secrets. Un premier titre de championne du monde du 400 mètres haies, en 1997, à Athènes, lui apporte cette assurance. Enfin, son mariage avec Abdelaziz Saher, spécialiste du 3 000 mètres steeple, puis la naissance du petit Yacine - le prénom sera choisi par le roi Mohammed VI - lui permettent de trouver l'équilibre personnel qui lui faisait défaut.
La carrière de la «gazelle de l'Atlas» est lancée. Elle jure qu'elle ne décevra plus. Et elle tiendra parole. Elle est désormais présente aux meilleures places dans les rencontres internationales. En 2000, le sport marocain l'honore en faisant d'elle son porte-drapeau aux JO de Sydney, où elle remporte une médaille de bronze. En 2001, elle obtient à Edmonton (Canada) un second titre de championne du monde.Soucieuse de ne pas faire la saison de trop, elle décide à 35 ans, au début de l'année 2006, de tirer sa révérence, son seul regret ayant été de n'avoir pas décroché l'or olympique. Elle se met au service de l'athlétisme et des jeunes avec l'espoir de dénicher «des filles plus fortes que Bidouane». Elle fréquente aussi le milieu associatif: le sport également peut être un moyen d'aider les enfants les plus démunis à s'épanouir et les femmes à s'émanciper. Au mois de mars dernier, elle organisait à Temara une course de cinq heures ouverte à toutes les femmes du royaume. Une compétition qui devrait désormais avoir lieu chaque année.
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