Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 23:27

La Nation

par : Jean-Bastien

(mai 2006)

Qui peut encore aujourd’hui se dire nationaliste, sans immédiatement s’avouer extrémiste, belliciste ou encore xénophobe ? De Gaulle lui-même n’admettait-il pas qu’ « être patriote, c’est aimer sa patrie et être nationaliste, c’est haïr celle des autres » ? Il y a pourtant un siècle et demi, la même annonce aurait eu un écho tout à fait différent. Lamartine, et même Proudhon, lui donnaient un sens radicalement opposé, désignant par ce même terme la lutte pour l’indépendance et l’émancipation d’un peuple placé sous tutelle, intérieure ou extérieure. C’est dire si la compréhension de l’idée de nation est à la fois incertaine et évolutive. Certains préfèreront parler de patrie et donc s’avouer patriotes, d’autres se diront internationalistes, d’autres encore simplement humanistes ou citoyens du monde. Peu cependant s’interrogent sur la possibilité d’être tout cela à la fois.

 

Il est vrai que le sens de nation est difficile à fixer. Etymologiquement, le terme renvoie à l’origine, à la naissance, et désigne un ensemble d’individus nés en même temps et dans le même lieu. Longtemps, le mot de nation est donc employé dans notre langue pour désigner un groupe humain caractérisé par une communauté d’origine, de langue, de culture. Mais cette conception exclusive et organiciste – les hommes étant perçus comme membres d’un même corps – est renouvelée au XVIIIème siècle sous l’influence de l’individualisme libéral. Puisque l’homme est libre et que le corps social naît de sa volonté, la nation est désormais perçue comme le résultat d’un contrat, d’un pacte d’association. C’est l’idée qu’en donne Sieyès quand il la décrit comme « un corps d’associés vivant sous une loi commune ».

Cette conception purement juridique est élargie au cours de la Révolution : la nation, construction volontaire, devient aussi communauté de sentiments. La défense de la nation est assimilée à la sauvegarde de la liberté, et le citoyen est par essence patriote. L’ennemi de la liberté, l’aristocrate ou le contre-révolutionnaire, est considéré comme appartenant au « parti de l’étranger » et selon le mot attribué à Danton, « On n’emmène pas sa patrie, à la semelle de ses souliers ».

La définition à la fois spirituelle et civique de la nation domine désormais la pensée française ; Renan la réaffirmera brillamment en 1892, en réponse aux conceptions racialistes principalement venues d’Outre-Rhin. Pour lui, ce n’est ni la race, ni même la langue, la religion, les intérêts économiques ou la géographie qui définissent une nation. Il affirme qu’ « Une nation est […] une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est […] un plébiscite de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation perpétuelle de vie ».

Il serait toutefois faux de considérer que le sens du mot nation est l’objet d’un consensus depuis la Révolution. Certains penseurs, comme Barrès, s’appuient sur une conception déterministe de l’appartenance nationale. D’autres, comme Maurras, élaborent au moment de l’Affaire Dreyfus une pensée xénophobe voire raciste de la nation. Et c’est grâce au triomphe de la forme républicaine, que jamais – à l’exception notable de Vichy – ces conceptions ne seront celles de l’Etat français. Cependant, leur existence même témoigne de l’incertitude sémantique qui pèse sur le terme de nation : quand chacun emploie le mot, il est amené presque inévitablement à en préciser le sens qu’il lui donne.

* * * *

On pourrait trouver plus simple pour définir la nation de quitter le champ théorique et d’examiner les faits, mais l’histoire de la nation en tant que construction politique n’est guère plus limpide que celle du mot. D’autres formes d’associations humaines l’ont précédée ou ont perduré à ses côtés, comme la cité, la tribu, l’empire, et il semble difficile de croire que le triomphe au XIXème siècle de la forme nationale marque la fin de l’histoire. Les premières nations constituées, comme la France et l’Angleterre, se sont construites par une allégeance politique commune – dans les deux cas à un roi –, par une unité linguistique, et par un processus de construction territoriale. Mais, pour l’une comme pour l’autre, la conscience nationale s’est véritablement et durablement éveillée quand le peuple s’est proclamé souverain.

Avec les révolutions anglaises et française, mais aussi américaine, l’histoire moderne de la nation devient celle de la réinvention de la démocratie, celle d’un contrat passé entre les membres d’une même communauté pour se libérer en se donnant des institutions communes, conformes à un objectif politique déterminé par tous.

Pendant tout le XIXème siècle, la lutte pour l’indépendance nationale est synonyme d’un combat pour la liberté : les libéraux espagnols, Garibaldi, les révolutionnaires tchèques, polonais ou hongrois, les libérateurs sud-américains, comme Miranda, Marti ou Bolivar, s’appuient sur l’idée de nation pour légitimer leur combat. Pour autant, ils n’en développent pas moins une pensée universaliste, fort éloignée du chauvinisme dont on affuble aujourd’hui tous les patriotes. Miranda, combattant dans l’armée insurrectionnelle américaine, participe en tant que général à la bataille de Valmy ; Bolivar rêve de fédérer les peuples d’Amérique latine ; Garibaldi – après avoir lutté en Amérique latine et pour l’indépendance de sa patrie – affronte les Prussiens aux côtés des Républicains français en 1870. Tous considèrent les peuples et les nations non en tant que groupes isolés et exclusifs, mais comme socles d’une fraternité universelle.

Certes, à la fin du XIXème siècle, la nation va revêtir une autre acception, à la fois plus étroite et agressive. Sous l’influence des penseurs allemands, dans la lignée de Fichte puis de Mommsen, elle est valorisée davantage comme gemeinschaft, c’est-à-dire comme communauté objective, que comme geselschaft, comme communauté volontaire. L’unité allemande, qui se fait, selon les termes de Bismarck, « par le fer et par le sang », annonce une rétractation du concept de nation. Les premières théories racistes, formulées par le français Gobineau, contaminent plusieurs projets nationaux. Au temps de la fraternité des peuples libérés, succède l’affrontement des égoïsmes nationaux et des impérialismes. Les guerres de 1870, 1914-1918 et 1939-1945 font naître en Europe l’idée que la nation est mortifère, que son exaltation conduit au chaos et à la destruction de l’humanité. Le projet de construction européenne est en partie né de ce traumatisme.

* * * *

En effet, l’impact des tragédies du XXème siècle en Europe est tel que, progressivement, l’idée de nation a été abandonnée  par de nombreux progressistes, c’est-à-dire par ceux-là mêmes qui en avaient été à l’origine. Jetant indistinctement l’opprobre sur la nation civique et sur la nation organique, ils se tournent désormais vers d’autres horizons, jugés plus fréquentables : l’ « européen », le « mondial », voire le « local » sont fréquemment substitués au national. En contrepoint, la nation est laissée aux frileux ou aux passéistes, dans le meilleur des cas, aux xénophobes dans le pire.

Tous les arguments invoqués paraissent de bon sens. A l’heure de la mondialisation, que peut faire une nation seule face à des phénomènes qui la dépassent ? La nation engendrant inévitablement le nationalisme, comment prétendre à l’universel sans dépasser le national ? Le triomphe apparent de l’individu et l’avènement de sociétés multiculturelles ne rendent-ils pas tout simplement caduque l’idée même de nation ? Ou encore, n’est-il pas temps de changer d’échelle et de penser la démocratie à l’échelle des continents, voire de la planète ?

Il est également vrai que les réponses de la plupart de ceux qui appuient leur discours sur le sentiment national semblent bien souvent caricaturales, voire moralement et philosophiquement inacceptables. Dans leur bouche, la nation se fige, se dresse contre des ennemis de l’intérieur ou de l’extérieur, nécessite l’homogénéité, l’autoritarisme et l’exaltation des particularismes. L’unité identitaire (subie) remplace l’unité civique (voulue ou consentie). Vue d’Europe, la cause semble donc entendue : la nation est morte, laissons-la aux nationalistes ! Il est révélateur de voir qu’en France, le débat sur la colonisation a vu surtout s’opposer caricaturalement ceux qui voulaient charger la nation de tous les maux et ceux qui voulaient l’innocenter de tous ses crimes.

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Mais il suffit de changer de point de vue, de réorienter son regard pour constater que l’idée de nation – apparemment en déclin sur le sol européen – connaît une vigueur sans précédent dans le reste du monde. Le premier signe de cette émergence fut la décolonisation : toutes les luttes contre l’impérialisme ou le colonialisme ont été menés au nom du principe d’indépendance nationale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le FLN algérien, le Vietminh, les révolutionnaires cubains, et même les combattants afghans ont secoué le joug qui leur était imposé au nom de la nation, bien plus qu’en vertu d’idéologies – politiques ou religieuses – qui la plupart du temps se sont ajoutées pour légitimer le combat ou pour obtenir le soutien de puissances extérieures.

Plus récemment, de nombreux pays d’Amérique latine, soucieux de se débarrasser de l’emprise nord-américaine et de ne plus subir les dérives du capitalisme mondialisé, tentent de s’unir pour rendre aux peuples leur pleine indépendance. La dernière annonce de la nationalisation du pétrole bolivien, mais aussi la signature de l’ALBA, en sont des illustrations frappantes.

Toutes les formes de mouvements nationaux qui s’épanouissent à travers le monde ne sont évidemment pas porteuses de progrès, ni d’émancipation. Le nationalisme exacerbé des USA, de l’Iran ou de la Chine, fait parfois renaître les craintes du passé. De nouveaux conflits naissent et peuvent certainement encore naître de la concurrence de certaines nations ou de leur prétentions impérialistes. L’histoire du continent européen doit, il est vrai, nous amener à considérer avec précaution certaines dynamiques nationales.

Pour autant, l’Europe ne peut faire l’impasse sur la question nationale, parce que, précisément, la plupart des pays européens sont désormais fondés sur une conception civique et pacifique de la nation. Celle-ci suppose une adhésion prioritaire, mais non exclusive, à un espace et à un projet communs, condition nécessaire pour faire émerger un véritable intérêt général, sans pour autant nier l’identité des individus, leur histoire, leurs goûts et leurs coutumes. La seule limite à ces libertés est le respect de la loi et des principes fondateurs de l’unité civique. La crise du sentiment national peut dès lors aboutir à une crise du vivre-ensemble et à une déstabilisation de l’équilibre démocratique.

 A ce titre, les scrutins électoraux les plus récents doivent nous interpeller. Rejet ou neutralisation des partis de gouvernement en Italie, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France ; montée de formations politiques à vocation populiste, plus ou moins xénophobes, dans de nombreux pays ; rejet croissant du processus incontrôlé d’intégration européenne, dès l’instant que les peuples sont réellement consultés, et non leur « représentants » ; émergence de phénomènes identitaires – régionalismes, communautarismes – qui font éclater les cadres nationaux.

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La France et la République sont particulièrement frappées par ces phénomènes. Parce que la France est une République, parce que c’est le peuple qui détient la souveraineté nationale, l’avenir de la démocratie semble y être plus lié encore que dans d’autres pays à l’avenir de la nation. Pourtant, qui aujourd’hui, parmi nos représentants politiques, parle réellement et sainement de nation ? Le mot de République la remplace avantageusement dans tous les discours, comme si la République pouvait être une culture hors-sol ! Pour les plus optimistes, dépasser la nation n’est pas enterrer la République : on entend çà et là parler de « République européenne », sans pour autant dire quel peuple en serait le souverain.

Il est peut être temps de dire que  tant que les nations existeront comme communautés de destin, prétendre les remplacer ou les déconstruire, c’est prendre le risque de voir s’effriter la démocratie. C’est aussi prendre le risque de confier, selon les mots de Pierre Mendès-France, les « pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique ». C’est enfin prendre le risque de substituer une multitude de communautés fondées sur une identité à une communauté fondée sur une volonté : l’exemple de l’ex-Yougoslavie n’est ni assez lointain, ni assez ancien pour que nous n’en ayons tiré les leçons.

Pourquoi, au lieu de la laisser dériver lentement vers ses expressions les plus caricaturales, les Républicains sincères ne tentent-ils pas de reconstituer l’idée de nation dans sa forme la plus généreuse, la plus progressiste et la plus universaliste ? Peut-être pourraient-ils rappeler que l’amour de la famille, l’amour de la patrie et l’amour de l’humanité, loin d’être incompatibles, doivent se nourrir mutuellement ? Peut-être aussi est-il de notre devoir d’opposer à ceux qui comme Joseph de Maistre, pensent ne jamais avoir vu d’homme, mais seulement « […] des Français, des Italiens, des Russes » que, comme Robespierre le proposait dans son projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, « Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir, comme les citoyens d’un même État ».

Finalement, à l’image de ce que René Cassin avait conçu à travers l’Organisation des Nations Unies, c’est peut-être en défendant une conception humaniste de la nation que nous pourrons faire avancer réellement l’idée d’une fraternité durable entre les peuples. Jaurès l’avait déjà pressenti, quand il déclarait : « un peu d'Internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'Internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale; beaucoup de patriotisme y ramène »

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Par estrellajurkid - Publié dans : articles d'ailleurs
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 23:25
Le libéralisme réellement existant

La tyranie du vide

par : Terouga

 

Par l'abstraction de son travail, l'ouvrier devient de plus en plus mécanique, indifférent, sans esprit. L'élément spirituel devient acte vide. La force du Soi réside dans une riche perception de l'ensemble. Or celle-ci disparaît.

HEGEL, Realphilosophie II.

Qu’est-ce que le libéralisme ?

En quoi vivons-nous dans un monde où le libéralisme s’est imposé tout au long de la décennie 80 avant de devenir hégémonique dans les années 90 ?

Quelles conséquences cela a-t-il eu au niveau économique ? Social ? Individuel ?  Sexuel ? Logiquement il ne peut exister de sphère qui échappe à cette révolution économique qui a mis fin au monde issu des années de reconstruction.

Ni humaniste (mais humanitaire), ni républicain (mais communautaire) le libéralisme « réellement existant » marchandise tout, y compris le corps des sujets dans une surenchère visant à remplir le vide créé par l’anéantissement des valeurs collectives et des liens sociaux.

A) Le libéralisme « réellement existant »

Le mot « libéralisme » est un héritage des XVIIIe et XIXe siècles, il qualifiait une doctrine basée sur l’individualisme et l’utilitarisme. Plus tard des militants utilisèrent ces idées afin de lutter pour plus de « libertés » (expression, économique, politique, moeurs, etc.). Face à des aristocraties d’Ancien r égime réactionnaires, et devant une morale catholique rigide et largement hypocrite, les Libéraux luttèrent indistinctement pour améliorer la société et étendre les libertés et la démocratie politique. C’est pour cela que l’expression eut longtemps une connotation positive comme aux États-Unis où les « libéraux » luttèrent pour plus de libertés pour les Noirs, les Ouvriers, etc.

            Après la seconde guerre mondiale l’influence de la doctrine recule mais reste la base théorique de petits groupes d’économistes, comme F. Hayek hostiles à la planification économique qui relève l’Europe des ruines : les « néo-libéraux » se préparent.

            C’est après l’usure des recettes keynésiennes (en vogue depuis le milieu des années 30) dans les années 1970-80 que les néo-libéraux reviennent aux affaires et appliquent leur programme. Le même que celui qui plongea le monde capitaliste dans le chaos après 1929 : lutte contre l’inflation, les déficits publics, la fonction publique, les aides de l’État, les droits de douanes, etc. Le libre-échange et la finance deviennent prioritaires par rapport à la production.

            Toute la décennie 80 fut donc mixte : coups de force néo-libéraux avec Reagan et Thatcher, atermoiements en France (1981-84), Italie, Allemagne, Japon… Petit à petit, parallèlement au déclin de l’URSS et du mouvement ouvrier en général, les idées et les réflexes libéraux se généralisèrent en Occident. Aux USA, l’État fédéral intervient de moins en moins dans le social. En Europe la « construction européenne » proposa et imposa carrément des mesures dépouillant les États de toute action économique décisive : généralisation du libre-échange, politique du franc fort (chômage de masse) et puis perte de souveraineté monétaire (naissance de l’euro).

            Les années 90 débouchèrent sur le résultat de cette tendance de fond : ce que nous appellerons le libéralisme « réellement existant ». Par cette expression il faut entendre que dans tous les cas de figures c’est la solution libérale qui s’impose  : le capital sur le travail, l’individu sur le collectif, le mouvement sur les acquis, etc. La « société de marché » devient petit à petit possible.

            Il appartient aux historiens du futurs de rebaptiser cette tendance car là nous sommes bien loin de lutte pour plus de « libertés ». L’idée de liberté implique un « libre » choix que l’individu a devant lui. Il peut, ou non, choisir telle ou telle solution, etc. Là, c’est tout l’inverse : l’individu ne choisit pas sa vie comme il choisirait « librement » une boite de lessive mieux vendue qu’une autre ! Il subit la concurrence plutôt qu’il n’en profite, même si la vulgate publicitaire est là pour lui faire croire le contraire. Il y a une augmentation phénoménale de la puissance liée à l’argent : rentabilité du capital financier, licenciements facilités, chômage persistant, affaiblissement de l’État (qui intervient de moins en moins dans l’économie), spéculation foncière, surendettement des ménages, etc. Partout où l’intérêt collectif et la rentabilité s’affrontent, cette dernière l’emporte, fragilisant davantage les gens  [1] et discréditant d’autant plus l’arbitrage démocratique (élections) et politique (État régulateur). L’homme politique qui a été le plus clair sur le non-engagement de l’État fut L. Jospin [2] ; on sait ce qu’il advint de lui aux Présidentielles malgré le fait que l’ensemble de la bourgeoisie (grands propriétaires, héritiers, artistes, patrons de media de masse) ait été derrière lui ou Chirac. Ceci dit il n’est pas le seul à raisonner ainsi, le plus « décomplexé » sur ces questions reste A. Madelin.

B) La mort de la civilisation d’après-guerre.

Épouvanté par la misère des années 30, les horreurs de la guerre et l’influence des partis communistes, l’Europe et l’Amérique élaborèrent la « civilisation d’après-guerre » basée sur un capitalisme contrôlé, planifié et dirigé. Les rapports entre les Hommes et l’esprit des lois devaient procéder des idéaux humanistes élaborés au XIXe siècle aux confluences du christianisme social et des théories socialistes. Les Droits de l’Homme devenaient synonymes de droit au logement, à l’Education, à la Santé, à la Sûreté, à la Paix sans distinction d’origine, de lieu de résidence, de revenus. Les vieux rêves de Zola ou Jaurès prenaient vie de façon inattendue, derrière le général de Gaulle ou la Démocratie Chrétienne.

Dans les années 80, toutes les sécurités qui empêchaient le capitalisme de dérailler furent, une à une, démantelées. Ainsi quand l’Europe adopta le traité de Maastricht qui rendait obligatoire l’économie de marché, la libre concurrence et la non-intervention de l’État, la France et le reste des pays développés plongèrent dans un monde nouveau, un univers étrange où tout allait devenir marchandises, cela bien au-delà des prévisions de départ.

Les bases de cette civilisation d’après-guerre furent toutes définitivement sapées dans les années 1990. Ainsi les années 90 ne furent-elles qu’une plongée dans la cavalerie libérale : privatisations, chômage, baisse des impôts, baisse des charges sociales, tyrannie du management, concurrence acharnée… Une recette tentée avec « succès » par l’Argentine (privatisations massives, baisse des salaires et des pensions de retraites, surestimation de la monnaie…), la plus libérale des tentatives fut logiquement la plus implacable…

Dans le cadre de la reconstruction l’État avait le rôle de locomotive, suite aux grandes nationalisations d’après-guerre il ouvrait ou fermait le robinet du crédit, contrôlait la valeur de la monnaie, les prix, les salaires. Cette planification indicative qui encadrait le capitalisme permit de reconstruire et de moderniser la France. L’exemple typique fut les usines Renault, nationalisées après la guerre : elles furent durant ces années le laboratoire social de la France : innovation, production et hausse des salaires étaient associés dans un équilibre fragile mais efficace. Durant quelques années il exista donc un équilibre entre Capital et Travail par l’arbitrage de l’État et des commissaires au Plan.

            De même pour la généralisation des services publics (Éducation et Santé) : la construction de milliers de collèges, de lycées, d’hôpitaux permis de réduire les inégalités entre les gens et d’employer des « cadres intermédiaires » (institutrices, infirmières…) par centaines de milliers permettant au passage une promotion des Femmes « libérées » du travail domestique et des maternités trop fréquentes (le baby boom dura assez peu de temps) même si les femmes les moins qualifiées restent généralement attachées aux tâches domestiques.

            Sur le plan politique des partis de masse encadraient et structuraient la pensée politique des adultes et des jeunes : la droite paternaliste et sociale avec le Général d’un côté et le Parti plébéien et pétitionnaire de l’autre. Là aussi un équilibre imparfait mais stable permis aux gens de participer plus que jamais à la vie politique (succès des organisations parallèles à ces partis, forte participation électorale). Il n’y avait pas de place pour les partis « extrémistes » plus ou moins associés aux années noires (libéraux anti-inflationnistes et réactionnaires philo-fascistes).

            Papa était agent de maîtrise dans une grande entreprise, maman était employée de bureau ou femme au foyer, ils eurent 2,5 enfants dont le plus doué aura le bac, ils achetèrent une maison à crédit et votaient à toutes les élections…

            Que reste-il de tout ça aujourd’hui ?

            Quasiment plus rien. L’État a privatisé la quasi-totalité de ses entreprises et songe à faire de même avec EDF-GDF (au nom de l’Europe sans doute). Les services publics souffrent de sous- financement et sont volontairement mal gérés pour inciter la petite bourgeoisie à les fuir (écoles privées, cliniques, etc.). Les Femmes sont les premières victimes du chômage et de la baisse des salaires, etc.

            Papa a retrouvé du travail après une période de chômage, maman va perdre son travail, ils ont un enfant qui « ne fout rien aux études ». Ils peinent à payer le crédit de la maison, ils se foutent tous de la politique, « tous les mêmes, etc. », se méfient de l’euro…

            L’État ayant volontairement abandonné ses prérogatives économiques et sociales au début des années 90, la situation était mûre pour le grand chaos.

C) La grande implosion

            Avec un État volontairement incapable d’agir pour corriger les déséquilibres créés, la société reçu le choc de plein fouet. Telle une boule de bowling dans un jeu de quille, rien ne devait être épargnée par l’onde de choc. Alors que le capitalisme débridé de Reagan devait être plus que contrôlé par un État sourcilleux de ses intérêts, c’est le contraire qui advint : l’État et ses hauts fonctionnaires participèrent au « bordel ambiant ».

            Dès que la question sociale fut mise de côté par ceux sensés la traiter (la gauche), la société plongea dans un abîmes de doutes et de fuite en avant :

     - la famille éclatée :

Fragilisée par la précarité économique, le chômage et l’individualisme, la famille (matrice de toutes les solidarités) implosa la première. Les années 80-90 virent fleurir des tas de déviances ayant comme point commun la destruction du modèle traditionnel.

Les relations Hommes / Femmes se crispèrent sous les coups d’un féminisme hystérique et philo-lesbien (analysé brillement par A. Soral [3]) : les divorces s’envolèrent tandis que le nombre d’enfants par femme chuta et que les familles monoparentales ou recomposées émergèrent sans créer de nouvelles stabilités. Les divorces représentaient 5 % des mariages en 1914, 35 % en 2001 L’explosion du divorce date des années 1970 où la généralisation de la pilule semble avoir encouragé et déculpabilisé les candidat(e)s aux relations sexuelles [4] détachées de toute motivation.

Cette augmentation phénoménale du nombre de divorces créa de nouveaux marchés pour les capitalistes, mais aussi aggrava les inégalités : les mères seules avec enfants furent, très souvent, des célibataires et des célibataires très appauvries ! On arrive en 2003 au nombre astronomique de un million d’enfants de France vivant sous le seuil de pauvreté. Ces enfants vivent en majorité dans ces familles monoparentales… Ainsi la généralisation du divorce a-t-elle été une incontestable liberté pour certain(e)s, mais cela a aggravé les inégalités et a généralisé l’instabilité des couples et des familles.

le chômage de masse :

Cause partielle de la question précédente : le chômage. Officiellement nous sommes depuis plus de 10 ans dans une période de « fort chômage ». Autour des 9-11 % de la population active. Reste que les modes de calcul et les radiations périodiques d’inscrits à l’ANPE minimisent énormément ce chiffre  (chômage partiel, sous-emploi, etc.). Un ancien commissaire général au Plan, H. Guaino, avait été écarté car il avait avancé le chiffre de 9 millions de personnes plus ou moins touchées par le chômage ou le sous-emploi, ce qui dépasse très largement les 30 %.

On le sait le chômage touche inégalement les gens. Là aussi le libéralisme réel aggrave des inégalités qui existaient avant les années 90 : jeunes, femmes, personnes sans qualification, immigrés, handicapés légers… Le libéralisme a fait le ménage, triant et sélectionnant ses petits soldats productifs.

-   le monde du travail

Durant cette décennie 90 les richesses se sont concentrées dans un nombre plus restreint de mains. La stagnation des salaires, les taux d’intérêt parfois élevés et la baisse des prélèvements fiscaux, ont empêchés toute diffusion de la petite propriété. Logiquement le capitalisme s’est concentré davantage : fusions ou OPA au niveau international. Les petits agriculteurs, commerçants, artisans ont tous été laminés par les nouveaux monopoles tels que la grande distribution, les multinationales, etc. Certes il existe encore une galaxie de PME vivant de la sous-traitance, mais jamais leur situation a été aussi critique : dépendante des donneurs d’ordres, elles n’existent que pour limiter toute « concentration ouvrière » sur un même site et généraliser davantage la concurrence. De même la généralisation des franchisés mène plus à être son propre exploiteur que son propre patron.

Par ailleurs, les conditions de travail se sont dégradées tout au long de la décennie 90 : chômage, activisme anti-syndical, dégraissage et à présent chantage aux délocalisations (contre les maigres avantages des 35 heures), le salarié de base comme son immédiate hiérarchie sont sur la sellette, et bien mal défendues par des « syndicats » telle que la regrettable CFDT.

Plus que jamais la jeunesse méprise et cauchemarde à l’idée d’être ouvrier ou salarié… Précarité, concurrence, terrorisme patronal font s’envoler, non la résistance collective, mais la dépression individuelle et le suicide.

- la sexualité

Il conviendrait de détailler ce sujet par un article de fond, mais dans la grande implosion de la société auquel nous assistons, la sexualité a une place tout à fait centrale. Peut-être parce que toutes les valeurs passées reposaient entre autres sur le contrôle apparent de la sexualité. Il s’agissait dans tous les cas de figures de ne pas laisser le corps livré à lui-même et au plaisir pour le plaisir. Tels les empereurs romains lubriques et dépravés de l’historiographie chrétienne, les « vicieux » et autres « femmes de petite vertu » devaient être étroitement surveillés par l’Église jadis ou l’État hier. L’abolition des maisons closes en 1947 devait logiquement aboutir à l’abolition de la prostitution, conséquence d’une société inégalitaire et pourvoyeuse de misère…

Aujourd’hui il n’existe quasiment plus d’instruments traditionnels de contrôle social sur la sexualité. Depuis la fin des années 1970 les interdits en matière de chair ont tous été abolis (homosexualité) ou fortement contestés (pédophilie) [5].

Parallèlement à l’imposition d’un libéralisme économique décomplexé, les moeurs se sont aussi « libéralisées » (et non libérés), mais là aussi le bonheur consumériste et l’équilibre de l’offre et de la demande promis par la théorie libérale ne furent pas au rendez-vous : livrant l’Homme à ses désirs [6] et en valorisant ses pulsions [7] le lien social induit par la sexualité n’a pas vraiment survécu à la « révolution sexuelle » qui a fait de la performance un objectif et de la non-performance un problème. Face à ce vide social et sexuel les sujets ont réagit de façon contradictoire. Comme dans le monde du travail où les uns se veulent définitivement chômeur et où d’autres se tuent au surmenage (deux façons de « gérer » l’absence de solidarités), les réactions face à la déréglementation de la sexualité sont opposées même si elles procèdent d’une même volonté de maîtriser le processus.

Chacun se bat avec les armes qu’il a sa disposition :

- Islam néo-tribal (qui a tendance à réglementer les rapports sexuels) pour les enfants d’immigrés réduits au rôle de consommateurs frustrés.

- Féminisme sexiste et hystérique pour les femmes exclus du « marché » matrimonial.

- Enfin pour les factions les plus intégrées de l’oligarchie bourgeoise : sexualité(s) débridée(s), exclusives, compulsives, violentes dont la seule signification est de se distinguer d’une sexualité « normale » (liée au couple, aux sentiments, etc.) [8].

Première valeur « sexuelle » en système libéral : le corps.

Dans toutes les micro sectes qui fleurissent dans le cimetière du lien social on trouve l’obsession du corps : corps que l’on exhibe sans vergogne (porno amateur, string apparent, etc.), corps qui pose problème (voile islamique, anorexie…). Corps réceptacle public du plaisir solitaire, cette idée dérivée de l’art contemporain est très en vogue dans la bourgeoisie mondialiste. En effet, la lecture de la revue les Inrockuptibles (organe central des lili-bobo) ou des livres de C. Millet montrent bien que la sexualité « branchée » n’est envisagée que comme une gigantesque masturbation anonyme, mondialisée et exclusive.

À cela se surimpose les communautés dont l’un des objectifs est de contrôler les corps des adeptes : refus des mariages mixtes chez les intégristes Juifs, Protestants et Musulmans, valorisation sociale de l’homosexualité visible et bourgeoise… Ces stratégies extrémistes se doublent, par ailleurs, de quotidiens très conformistes chez le reste de la bourgeoisie, moins « branchée » que les artistes à la mode, mais tout aussi attachée à la gestion des ses intérêts.

Si les media de masse utilisent la sexualité et le corps comme support publicitaire, c’est bien que le libéralisme a créé un vide que le corps ou le sexe tente de combler : partouzeurs dépravés, cerbères de la virginité ou maniaques du régime de l’été, jamais le corps et sa gestion n’ont été aussi important dans les têtes…

-         politique

Qui mieux que F. Mitterrand et son parti « socialiste » incarnent mieux le travestissement général de la social-démocratie ?

      Porté au pouvoir par un ras-le-bol général de ce qui allait devenir le libéralisme réel, la gauche unie et populaire a été le meilleur vigile des intérêts capitalistes. Jusqu’à ce que Jospin paie comptant les ultimes mensonges de l’oligarchie, la gauche a utilisé toutes les ficelles possibles pour détourner la colère populaire : création du FN, agitation écologique, culpabilisation humanitaire (resto du cœur, téléthon, sidaction…), « gauche plurielle » (avec l’escroquerie écologiste), ou encore les représentants de commerce ratés dans le genre Harlem Désir ou Bernard Tapie, faux dévots, mais vrais faussaires !

À droite ? Même cirque pitoyable où les leaders se bouffent le nez et le reste sans idées ni programme à proposer.

Le discours sur la « fracture sociale » du candidat Chirac en 1995 partait pourtant d’une analyse sérieuse et lucide sur le libéralisme ravageur. Mais qu’en fit le président Chirac ? Aucun président sortant de la V° république n’arriva plus bas à un premier tour des présidentielles suivantes (19 % en 2002 contre 38 % à Mitterrand en 1988).

Jospin, Raffarin… Maastrichtiens !

Certains purent compter sur la ritournelle trotskyste. Il n’en fut rien. Si le monde a changé, l’extrême gauche reste bloquée, divisée et minuscule et sert de temps à autre de parasite au PS (LO) ou d’agitation publicitaire (LCR). Même chose pour le FN qui parasite la droite…

Nous devons à JP Chevènement en 2002 d’avoir tenté de dépasser les scenarii usés de la vie politique. Crédité de scores énormes dans certains sondages (jusqu’à 15 % [9]) il chuta à 5 % sans pourvoir se relever par la suite, lâché par les quelques alliés potentiels.

Nous en sommes là. Abstention, vote-sanction et exécutif impuissant à agir face aux traités européens. Gageons simplement que le peuple saura renvoyer le camp du OUI au référendum européen dans les cordes. Danois, Norvégiens, Suédois et Suisse ont tous rejeté partiellement ou complètement les diktats des Libéraux.

 

Nous en sommes là, réduits à gérer un « vide » créé par un système fou.

Au creux de la vague, la société, laminée par 10 ans de libéralisme « réellement existant », reste abrutie par la tornade qui n’a pas fini de souffler. Pourtant, ici et là il reste des miettes d’espoirs et de lutte nationale et collective : mobilisations contre la décentralisation et pour les retraites, campagne pour le NON à la Constitution Européenne, rejet catégorique des majorités libérales et des démagogues bavards, etc.

Dans la confusion et la contradiction des bonnes volontés universitaires et militantes tentent de riposter théoriquement (ATTAC…), nul n’est dupe des guerres américaines et du bla-bla chiraquien.

Il reste un avenir commun et fraternel par delà les communautés farouches et les sectes élitiste. Loin de toutes vieilles lunes utopiques il nous reste la République.


[1] La « réforme » des retraites ou de la Sécurité Sociale vont dans ce sens : moins de droits collectifs et plus d’opportunités pour les fonds de pension et les assurances privées…

[2] L’État resta « neutre » devant la fermeture de l’usine Renault Vilvorde et ne bougea pas plus quand Michelin annonça des licenciements aussi énormes que ses bénéfices. De même L. Jospin candidat refusa de qualifier son programme de « socialiste ».

[3] « Abécédaire de la bêtise ambiante », « Socrate à St Tropez » ou « Misères du désir »…

[4] Nouvelle « économie » libérale du désir analysée finement dans les romans de M. Houellebecq

[5] Suite aux slogans de mai 68 « il est interdit d’interdire » ou encore « jouissez sans entraves », jusque dans les années 80 certains signèrent une pétition exigeant la dépénalisation de la pédophilie.

[6] JC Guillebaud dans « la tyrannie du plaisir » (1998) montre comment la libéralisation sexuelle a mené à des impasses théoriques et sociales.

[7] Pulsions découvertes par la psychanalyse et mises en valeur par le surréalisme dans les années 1920-1930

[8] Inutile de rentrer dans les détails des sectes orgiaques et provocatrices : BDSM, échangisme, mélangisme, zoophilie, satanisme, etc. Que des « situations » où s’exercent le mépris et l’exploitation du plus faible.

[9] Signe que sa posture patriotique et populaire trouvait un certain écho.

SITE : http://que-faire.info/Principal/TyranieDuVide.htm

Par estrellajurkid - Publié dans : articles d'ailleurs
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 22:02
tina arena  AIMER JUSQU'A L'I MPOSSIBLE

Je n'ai connu qu'une histoire d'amour

Au fil de ma vie
Cet homme m'a promis le toujours,
Et puis s'est enfui
C'est la couleur de l'enfer
Quand les mensonges salissent tout
J’avais cru sombrer sous la colère
Comme un cheval fou

Mais ce qui m'a sauvée
C'est de pouvoir aimer

Aimer jusqu'à l'impossible
Aimer se dire que c'est possible
D’aimer d'un amour invincible
Aimer jusqu'à l'impossible
C'est possible

J'ai vu mes châteaux en Espagne
Ce que j'ai bâti
Disparaître sous les flammes de la jalousie
C'est une douleur sans égale
Quand sa vie
Part en étincelles
J’aurais pu vendre mon âme au diable
Comme un criminel

Mais ce qui m'a sauvée
C'est de pouvoir aimer

Aimer jusqu'à l'impossible
Aimer se dire que c'est possible
D’aimer d'un amour invincible
Aimer jusqu'à l'impossible
C'est possible

Aimer jusqu'à l'impossible
Aimer, jurer sur la Bible,
Aimer, malgré l'inadmissible,
Aimer, jusqu'à l'impossible
C'est possible.

Aimer jusqu'à l'imprévisible
Aimer jusqu'à l'impossible
C'est possible

combien elle dit vrai  :) i love u dady
Par estrellajurkid - Publié dans : paroles de chansons
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 21:56

Kelly Clarkson BECAUSE OF YOU

I will not make the same mistakes that you did
I will not let myself cause my heart so much misery
I will not break the way you did
You fell so hard
I learned the hard way, to never let it get that far

Because of you
I never stray too far from the sidewalk
Because of you
I learned to play on the safe side
So I don't get hurt
Because of you
I find it hard to trust
Not only me, but everyone around me
Because of you
I am afraid

I lose my way
And it's not too long before you point it out
I cannot cry
Because I know that's weakness in your eyes
I'm forced to fake a smile, a laugh
Every day of my life
My heart can't possibly break
When it wasn't even whole to start with

Because of you
I never stray too far from the sidewalk
Because of you
I learned to play on the safe side
So I don't get hurt
Because of you
I find it hard to trust
Not only me, but everyone around me
Because of you
I am afraid

I watched you die
I heard you cry
Every night in your sleep
I was so young
You should have known better than to lean on me
You never thought of anyone else
You just saw your pain
And now I cry
In the middle of the night
Over the same damn thing

Because of you
I never stray too far from the sidewalk
Because of you
I learned to play on the safe side so I don't get hurt
Because of you
I tried my hardest just to forget everything
Because of you
I don't know how to let anyone else in
Because of you
I'm ashamed of my life because it's empty
Because of you
I am afraid

Because of you
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 21:30
natasha st pier  UN ANGE FRAPPE A MA PORTE

Un signe, une larme, un mot, une arme,

Nettoyer les étoiles à l'alcool de mon âme,
Un vide, un mal, des roses qui se fanent,
Quelqu'un qui prend la place de quelqu'un d'autre…

Un ange frappe à ma porte, est-ce que je le laisse entrer ?
Ce n'est pas toujours ma faute si les choses sont cassées ;
Le diable frappe à ma porte, il demande à me parler
Il y a en moi toujours l'autre, attiré par le danger…

Un filtre, une faille, l'amour, une paille,
Je me noie dans un verre d'eau, j'me sens mal dans ma peau ;
Je ris, je cache le vrai derrière un masque,
Le soleil ne va jamais se lever…

Un ange frappe à ma porte, est-ce que je le laisse entrer ?
Ce n'est pas toujours ma faute si les choses sont cassées ;
Le diable frappe à ma porte, il demande à me parler
Il y a en moi toujours l'autre, attiré par le danger…

Je ne suis pas si forte que ça,
Et la nuit, je ne dors pas,
Tous ces rêves ça me met mal…

Un enfant frappe à ma porte, il laisse entrer la lumière,
Il a mes yeux et mon cœur, et derrière lui c'est l'enfer ;
Un ange frappe à ma porte, est-ce que je le laisse entrer ?
Ce n'est pas toujours ma faute si les choses sont cassées…

Un ange frappe à ma porte, est-ce que je le laisse entrer ?
Ce n'est pas toujours ma faute si les choses sont cassées,
Ce n'est pas toujours ma faute si les choses sont cassées…

avis : je remercie le petit ange qui se faufile parmis les tenebres qui façonnent ce monde qui m'entoure pour m'apporter ce sabre de lumière et trainer les rayons de soleil jusqu'a mon ANTRE :)
Par estrellajurkid - Publié dans : paroles de chansons
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 01:20

Qu’est-ce que l’anarchisme ?

Qu’est-ce que l’anarchisme ?

Une théorie sociale considérant comme l’idéal politique l’union de l’ordre avec l’absence de tout gouvernement direct de l’homme par l’homme ; l’absolue liberté individuelle. (Century Dictionary.)

Qui sont les anarchistes ?

Ceux qui acceptent cet idéal, croyant que les résultats sociaux les plus élevés seront obtenus par la substitution du contrôle sur soi-même (self control) à toutes les autorités extérieures, civiles ou morales.

Qu’est-ce que l’autorité civile ?

La force qui intervient dans nos actions journalières créant et punissant les criminels, force appelée ordinairement Gouvernement.

Comment le Gouvernement crée-t-il des criminels ?

En protégeant un système injuste de distribution des utilités qui fait qu’un homme dépend de l’autre pour sa subsistance ; s’il ne peut s’en procurer, force lui est de recourir à un acte criminel ; alors, le Gouvernement le punit.

Ceci explique le vol, mais le meurtre ?

C’est la faim, ou la crainte des privations, qui poussent la plupart des hommes à des actes de violence.

Mais encore, comment expliquez-vous les meurtres résultant de la jalousie, de la haine, de la violence ?

Ou ce sont des actes de malades temporaires ou incurables, et qui demandent à être traités comme tels - ou c’est la survivance d’instincts primitifs qui seront surmontés, selon que le démontre l’expérience sociale, et par l’éducation et par l’extension des droits individuels. La législation répressive ne fait que les rendre plus sauvages encore ; on ne peut pas guérir la vengeance par la vengeance.

Puisque les anarchistes prétendent que le crime est le résultat de l’injustice économique, quel effet aurait donc l’abolition du gouvernement sur la justice économique ?

Étant abolie la force qui protège les propriétaires des grandes sources de production et des moyens d’échange, les hommes auraient toute liberté d’expérimenter et de découvrir quel changement économique est le meilleur, au lieu d’être contraints d’accepter la décision de la majorité ou de la minorité dominante.

Quel système économique proposent les anarchistes ?

Ils se partagent en différentes écoles : socialiste, individualiste, communiste, mutualiste, etc...

Les termes anarchiste et socialiste ne sont donc pas contradictoires ?

Non. Ceux-là seulement les imaginent contradictoires qui confondent le Socialisme -hypothèse purement économique - avec le « Parti socialiste », organisation qui voudrait réaliser cette hypothèse par l’action politique.

Que veulent les anarchistes socialistes ?

Que le programme socialiste soit réalisé par l’action directe de la masse et non par les roueries politiciennes.

Quelle est la théorie individualiste ?

Que chacun a droit au produit intégral de son travail, qu’il l’ait effectué seul ou avec l’aide d’autrui.

N’en est-il pas ainsi aujourd’hui ?

Non. Dans l’état actuel des choses, à cause des trois grands monopoles de la terre, de l’argent, des brevets, nul ne peut obtenir le produit intégral de son labeur. Dès qu’ils seraient abolis, l’initiative individuelle entreprendrait les grands travaux que les personnes irréfléchies n’imaginent possibles que grâce au gouvernement ; tout individu ayant la possibilité de pouvoir travailler pour son compte, nul ne travaillerait pour le compte d’autrui à moins de gagner autant que s’il travaillait seul.

Ce droit de propriété à son travail personnel n’exigerait pas un système gouvernemental ?

Son fonctionnement demande uniquement la garantie d’une association protectrice volontaire. Personne ne serait forcé d’accepter la protection de cette assurance s’il n’en voulait pas, ni d’en payer la prime.

Que sont les communistes ?

Ceux qui croient que la plus grande équité est obtenue par la production en commun et la consommation à volonté.

Pourquoi croient-ils ce système meilleur que l’individualisme ?

Parce qu’ils ne croient pas possible qu’on puisse mesurer correctement la valeur du produit d’un homme. Ils ne croient pas non plus qu’il soit désirable de gaspiller de l’énergie à l’essayer, car là où il y a assez pour tous - et à satiété - nul ne demande davantage que ce qu’il peut utiliser.

Les communistes croient-ils à la nécessité d’une Association protectrice ?

Là où on produit en commun, ce qu’on produit appartient à tous ceux qui veulent consommer. Dans ce cas, point besoin d’une Association protectrice.

Que proposent les mutualistes

Une combinaison du principe individualiste avec celle d’une coopération ouvrière extensive. Les mutualistes considèrent le syndicat actuel comme le noyau du futur groupe producteur. Supposons que le syndicat des briquetiers entreprenne la construction des bâtiments ; il émettra des bons, représentant le temps passé au travail, lesquels bons seront reçus en paiement comme les billets de banque actuels ; les autres organisations entreprendraient les travaux se rattachant à leurs spécialités ; une fédération mondiale de syndicats confédérés finirait par se créer. L’employeur serait finalement éliminé.

Croyez-vous que ces différents systèmes pourraient co-exister ?

Oui. Dans une « Société libre », tout individu, tout groupement (grand ou petit), aura pleine faculté d’expérimenter sa méthode. Sans doute, un système pourra mieux s’adapter qu’un autre à certains tempéraments, à certaines localités.

Supposons qu’un système d’équitable distribution règne, sera-ce l’anarchie ?

Non. L’anarchisme énonce un message spirituel autant qu’économique ; une distribution équitable ne serait qu’une base.

Une base, mais dans quel but ?

Afin de développer librement toutes les puissances latentes au dedans de l’âme individuelle, étouffées ou suffoquées par les autorités civiles et morales.

Qu’entendez-vous par Autorité morale ?

La violence exercée par le clergé qui s’arroge de définir pour l’humanité tout entière, ce qu’il faut entendre par bien, mal, vertu, vice - c’est ce qu’on appelle ordinairement religion.

Vous considérez alors la Religion comme un mal ?

Non, tant qu’elle est la libre expression de l’aspiration individuelle. Elle devient un mal lorsqu’elle s’organise dans le but d’imposer des conceptions universelles ou des codes moraux à ceux qui ne les acceptent pas. Sous une pareille forme organisée, elle est le pire des maux.

Vous me condamnez donc pas le christianisme ?

Non. L’un des plus grands parmi les anarchistes, Tolstoï, était aussi un des plus grands chrétiens. Nous ne condamnons pas non plus le Bouddhisme, le Brahmanisme, le Confucianisme ou autre doctrine religieuse quelconque, dès lors qu’elle est la libre expression des plus hautes aspirations de l’individu. Cependant, nous pensons que dans un état de liberté complète, on atteindra à de plus hautes aspirations encore, et le mieux c’est le but de l’humanité.

Croyez-vous en l’amour ?

Oui. C’est par l’amour que nous voulons sauver le monde. C’est au sentiment de l’universel amour humain que l’anarchisme fait surtout appel.

Croyez-vous au mariage ?

Nous ne croyons pas aux formes ni aux cérémonies, l’amour se suffit à lui-même. Il n’y a pas de sceau supérieur à l’amour, une cérémonie ne peut rien y ajouter en fait de perfection.

Mais qui décidera de la perfection de l’union sexuelle ?

Nul ne peut décider pour autrui ; ceux qui la contracteront décideront pour eux-mêmes.

Supposons qu’ils reconnaissent s’être trompés, se sépareront-ils ?

Certes, leur désir de se séparer constitue une raison suffisante.

Mais cela n’implique-t-il pas la dislocation de la famille ?

Certes, mais il vaut mieux que se disloque une famille qui n’est maintenue que par une force extérieure : le seul résultat auquel elle peut aboutir est de faire des misérables.

Pourquoi certains anarchistes sont-ils appelés « anarchistes philosophiques » ?

L’anarchisme étant une philosophie, c’est un pléonasme. Cependant, durant une période primitive d’agitation populaire, certains « résistants passifs » se servirent de cette expression, afin de se distinguer de ceux qui prêchaient une résistance violente aux attaques de l’autorité. On entend donc par « anarchistes philosophiques » ceux qui ne veulent que résister passivement à la violence autoritaire.

L’anarchisme enseigne-t-il la violence ?

Non. L’anarchisme est la négation de la violence. En abolissant les causes qui les produisent, les actes de violence deviendraient de plus en plus rares, pour finir par disparaître entièrement.

Pourquoi alors des actes de violence sont-ils commis par des anarchistes ?

Certains anarchistes prétendent qu’en l’état actuel des choses, ils sont forcés de désavouer leurs principes quotidiennement, tant et si bien que toutes leurs protestations restent sans effet. Ils disent donc : « Supposons que grâce à un désaveu unique, je puisse faire une protestation effective, étant entendu que je suis disposé à en subir toutes les conséquences, c’est mon affaire. Je prouve ainsi ma désapprobation de l’état de choses présent ».

A quelle tendance économique se rattachent les anarchistes dont vous parlez ?

A aucune tendance en particulier, car chacune d’elles compte des anarchistes révolutionnaires et des anarchistes non résistants.

Pourquoi les anarchistes non résistants ne condamnent-ils pas les autres ?

Un anarchiste ne peut pas en condamner un autre, sous peine d’inconséquence, il peut seulement exprimer sa désapprobation d’un écrit, d’une parole, d’un geste et en expliquer ses raisons à autrui. - (Tract édité par Freedom, de Londres)

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L’anarchisme,

Ce qu’il est et ce qu’il n’est pas

Donc vous voulez que je vous dise ce qu’est l’anarchisme ? Je veux bien essayer et de la manière qui est la mienne - c’est-à-dire la plus simple - de vous démontrer enfin que ce n’est pas ce qu’en disent généralement les journaux capitalistes et volontairement mal informés, menteurs, insensés, déloyaux.

En premier lieu, je conseille à ceux qui veulent savoir la vérité au sujet de l’anarchisme, de ne pas se renseigner auprès de ses ennemis, mais de s’adresser à des anarchistes et de lire la littérature anarchiste. Et il n’est pas toujours bon de s’en tenir à ce qu’une, deux personnes et même une demi-douzaine peuvent en dire, quand bien même elles s’appelleraient anarchistes. Renseignez-vous auprès d’un bon nombre d’entre elles et biffez les définitions sur lesquelles elles ne sont pas d’accord. Ce qui restera, selon toute probabilité, sera la vérité. Par exemple, qu’est-ce que le christianisme ? Demandez-le à une douzaine de personnes et même davantage et il est probable que leurs réponses ne concorderont pas sur tous les détails. Elles seront vraisemblablement d’accord sur un petit nombre de propositions fondamentales. Ces quelques propositions se rapprocheront davantage de la définition exacte du christianisme que leurs définitions personnelles. Ce procédé d’élimination est, à mon sens, le meilleur moyen de définir une philosophie. C’est la méthode que j’ai employée pour me rendre compte de ce que c’était que l’anarchisme et j’ai tout lieu de croire que je suis arrivé assez près de la vérité.

Selon Benjamin R. Tucker, l’anarchisme est une doctrine qui implique « que les affaires humaines soient réglées par des individus ou des associations volontaires et que l’État soit aboli ».

L’État, c’est « l’incarnation du principe d’empiétement en un individu ou une troupe d’individus, s’arrogeant le droit d’agir comme représentants ou maîtres de la population totale d’un territoire donné ».

Le Gouvernement, c’est « la sujétion de l’individu non envahissant (qui n’attente pas à la personne ou aux circonstances d’autrui) à une volonté extérieure à lui ».

Ceci dit, souvenez-vous de ces définitions et n’employez pas les mots « état », « gouvernement », « anarchie » dans un autre sens que celui que leur donnent les anarchistes. Les définitions ci-dessus sont, d’ailleurs, généralement admises partout par les anarchistes.

Selon Herbert Spencer et d’autres, l’origine de l’État, c’est la guerre, la guerre d’agression, la violence - il s’est toujours maintenu par la violence. La fonction de l’État dans tous les temps, ç’a été de gouverner - c’est-à-dire de forcer les classes dominées à faire ce que les classes dominantes voulaient qu’elles fissent.

L’État, c’est le roi dans une monarchie, le roi et le parlement dans une monarchie constitutionnelle, le corps législatif dans une république, un parti dans un régime de dictature, la majorité des votants dans les démocraties où existe le système du référendum. L’histoire indique que mentalement, moralement, économiquement, les masses s’améliorent dans la mesure où s’affaiblit la puissance que l’État s’arroge sur les individus. Dans la mesure où l’homme est plus éclairé à l’égard de ses intérêts, individuels ou collectifs, il veut que l’autorité obligatoire sur sa personne ou sa conduite soit abolie. Il fait remarquer que l’Eglise a prospéré au temporel, pour ne rien dire du spirituel, là où l’individu n’est plus obligé de l’entretenir ou de croire à ses dogmes, sous peine d’être considéré comme hérétique, maltraité ou brûlé. Il fait remarquer que les gens s’habillent bien mieux depuis que l’État n’intervient plus en matière de vêtements - que là où on peut choisir son compagnon ou ses compagnes, on est plus heureusement uni, sexuellement parlant - qu’on se trouve bien mieux sous tous les rapports là où les lois ne réglementent plus la coupe des cheveux, les déplacements, le nombre des vitres des fenêtres, la chique de tabac, les baisers le dimanche. Avant la révolution en Russie (et cela n’a pas changé beaucoup depuis) - et ailleurs - on ne pouvait pas aller de la ville à la campagne et vice versa sans une licence spéciale, imprimer ou lire livres et journaux sans passer par la censure, ni offrir l’hospitalité à un ami jusqu’au lendemain matin sans en avertir la police. Dans les pays les plus libres, nominalement parlant, l’individu est dépouillé par le collecteur d’impôts, rossé par les gardiens de l’ordre, condamné à l’amende et jeté en prison par les tribunaux - bref, entravé par l’autorité de mille manières, alors même que sa conduite n’offre rien d’agressif ou de contraire au principe de l’égale liberté.

C’est une erreur fréquente - et cette erreur est commise par quelques anarchistes - de déclarer que l’anarchisme vise à établir la liberté absolue. L’anarchisme est une philosophie pratique et ne vise pas à l’impossible. Ce que veut l’anarchisme, c’est de rendre le principe de l’égale liberté accessible à tout humain. Sous ce régime, la majorité n’a pas plus de droits que la minorité, la multitude pas plus de droits qu’une seule unité humaine. Le principe de la liberté égale implique que tout être humain a des droits égaux à tous les produits de la nature, et cela sans payer quoi que ce soit ; que ce que chacun produit lui appartient en propre et qu’aucun individu ou collection d’individus - qu’il s’agisse de hors-la-loi ou du gouvernement - n’a le droit de lui en soustraire une partie sans sa connaissance ou son consentement - que chacun peut échanger ses produits partout où il le veut - qu’il peut coopérer avec ses semblables s’il lui plaît ou les concurrencer dans n’importe quelle activité de son choix - qu’aucune restriction ne peut lui être opposée concernant ce qu’il imprime, ou lit, ou boit, ou mange ou accomplit, tant qu’il n’empiète pas sur le droit de ses semblables d’en faire autant que lui.

Nul criminel ne peut être anarchiste, car le crime consiste à faire tort à un autre en lui faisant violence - et c’est l’opposé de l’anarchisme.

Nul ne peut tuer autrui (sauf quand sa vie est en jeu) et être anarchiste, parce que ce serait nier à autrui le droit de vivre et c’est l’antithèse de l’anarchisme.

Ce ne sont donc que les ignorants et les déloyaux qui traitent les anarchistes d’assassins et de criminels.

On ne peut être anarchiste et faire des choses anti-anarchistes en elles-mêmes.

L’anarchisme veut baser sur l’occupation et l’usage le droit au sol - abolissant du même coup le loyer de la terre.

L’anarchisme veut garantir à chaque individu, à chaque association le droit d’émettre une valeur d’échange - abolissant du même coup le loyer ou l’intérêt de l’argent, dans la mesure où cela est compatible avec la coopération et la concurrence.

L’anarchisme considère comme injustes les brevets et les droits d’auteurs - il veut abolir le monopole par l’abolition des brevets.

L’anarchisme nie à un corps constitué quelconque le droit de prélever sur un individu quelconque une redevance ou un impôt qui ne lui plaît pas - il veut que la taxe soit volontaire, comme c’est le cas pour les églises séparées de l’État, les « trade-unions », les sociétés d’assurances et de secours mutuels et toutes les associations volontaires.

L’anarchisme affirme que la liberté dans toutes les sphères de la vie est encore le meilleur moyen d’amener l’espèce humaine à un niveau d’existence plus heureux.

On a dit que l’anarchisme n’est pas le socialisme. C’est une erreur. L’anarchisme est du socialisme volontaire. Il y a deux espèces de socialisme - archiste ou anarchiste, autoritaire ou libertaire, étatiste ou non-étatiste. C’est-à-dire que tout ce qui est proposé en vue d’améliorations sociales augmente ou restreint le pouvoir des forces et des volontés extérieures sur le développement de l’individu. Si ce pouvoir augmente, ces améliorations sont archistes ; s’il diminue, elles sont anarchistes.

Enfin, l’anarchisme est synonyme de liberté, indépendance, autonomie, non-interventionnisme, « laissez faire », autogouvernement, antiautoritarisme, « occupez-vous de vos affaires et ne vous mêlez pas de celles du voisin », et ainsi de suite.

Joseph A. LABADIE.

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L’ANARCHISME INDIVIDUALISTE

Les rapports du capital avec le travail

Cette étude est intitulée « l’anarchisme individualiste » afin que le lecteur puisse, dès l’abord, comprendre clairement que je suis hostile au communisme anarchiste, tel qu’on entend ce terme aujourd’hui. Bien que le vocable anarchisme n’implique pas en lui-même de plan social défini, mais une protestation contre l’autorité coercitive, il a cependant été tacitement convenu qu’il s’entendait d’un système de société où se trouve abolie l’institution de la propriété privée. Se rallier à l’anarchisme présuppose qu’étant donné deux méthodes d’en finir avec un mal social, la préférence ira à celle des deux méthodes qui implique le moins d’empiétement sur l’individu. L’erreur du communisme, selon moi, c’est de prétendre que le malaise social actuel provient de la liberté illimitée de passer contrat, alors qu’il néglige que dans la branche la plus importante des relations humaines - la méthode de diffusion de la confiance mutuelle entre les individus - l’État est intervenu violemment durant des siècles avec des résultats désastreux pour l’équité et la prospérité sociales.

Mes lecteurs, qui sont anarchistes avant d’être communistes, trouveront peu de sujets plus dignes d’étude que le mécanisme des rapports qui relient le capital au travail, en un mot l’argent.

Considérons un moment ce qu’il faut entendre par « l’avance » faite par le capital au travail. Lorsqu’un homme a produit davantage que ses besoins, il se trouve en position de faire un prêt à quelqu’un d’autre, lequel, nanti de ce capital, se trouve à même de produire à son tour. Là où n’existe pas une parfaite confiance mutuelle, l’emprunteur fait au prêteur un billet promettant de rembourser le prêt à telle date. Le prêteur peut désirer acheter des produits avant l’échéance du billet, et il se peut aussi que les étrangers n’acceptent pas la signature de l’emprunteur ; de là la nécessité d’un tiers dont la fonction est d’endosser les billets de toute personne digne de confiance. Ce tiers a pour profession spéciale d’apprécier l’honnêteté des producteurs en devenir, et le milieu social n’accepte ses billets et de les fait circuler que lorsqu’il est certain de la sûreté de ses appréciations.

L’évolution de la banque et l’émission libre

Qu’on remarque de suite les effets de l’intervention de l’État.

Primitivement, ce garant public était obligé de prêter de l’or aux acheteurs en puissance parce que la confiance mutuelle n’était pas assez établie pour permettre la circulation d’un document écrit constatant le fait que telle ou telle personne était autorisée à acheter. De là naquit le métier d’usurier, lequel, en Angleterre - pays destiné à prendre bientôt la première place au point de vue du commerce, - fut graduellement absorbé par les orfèvres. A mesure que s’établit la réputation de l’orfèvre, il lui fut possible d’émettre des billets portant promesse de payer de l’or au porteur sur demande au lieu d’or même ; aussitôt qu’on se rendit compte qu’on pouvait obtenir à volonté de l’or en échange de ces billets, on s’en servit dans les échanges au lieu de métal. L’avantage qui résulta de cette innovation pour la collectivité fut considérable ; grâce à elle, le banquier - comme on finit par dénommer l’orfèvre - fut mis à même de consentir de beaucoup plus grandes avances au producteur qu’il lui eût été possible de le faire en se servant de métal. En prêtant du papier, moyen bon marché et élastique, le banquier put réunir la richesse et la capacité productrice aussitôt qu’elles surgissaient. La liberté pour n’importe qui de s’établir comme banquier aurait réduit le coût de l’émission de ce papier au minimum possible ; à mesure que la collectivité se serait accoutumée à contrôler la valeur des émissions du banquier, c’est-à-dire dès qu’une méthode serait intervenue de se rendre compte si le banquier limitait ses prêts uniquement à ceux capables de produire de la richesse et de payer les billets à échéance, - la demande d’or en échange de papier aurait graduellement disparu ; la voie aurait été ouverte à la monétisation à bon compte de toutes les formes de capacités productrices ; toute personne dont la réputation d’industrie et de loyauté était suffisamment connue du banquier local aurait pu obtenir un prêt à longue échéance qui lui eût permis de s’établir, le chômage et les bas salaires se limitant dès lors aux incapables.

En Angleterre, cependant, où ce système atteignit le summum de perfection, l’État découvrit bientôt la valeur du privilège de payer ses dettes avec du papier au lieu d’or. Dès 1694, le gouvernement anglais intervint et, en échange d’un prêt que son crédit n’avait pu lui procurer sur le marché libre, concéda le monopole de l’émission des billets à une corporation privée, avec ce résultat que les moyens d’établir de nouvelles industries furent sérieusement réduits. On peut dire sans exagération que l’histoire du commerce en Angleterre, de 1694 à ce jour, a consisté en une lutte continuelle entre cette banque privilégiée - la Banque d’Angleterre - et le peuple ; la masse toujours croissante des échanges de ce dernier justifiant son cri vibrant pour un moyen d’échange plus élastique, cri dont le monopole dont s’agit a tenu peu compte, retranché qu’il se trouvait derrière la protection de l’État.

Avec relativement peu de modifications, cet état de choses a persisté jusqu’à notre époque. En 1933, la Banque d’Angleterre possède encore le monopole de l’émission des billets, bien que le nombre de ceux qu’elle peut émettre ait été légalement limité.

Nous pouvons affirmer, en y insistant, que le malaise social, sous sa forme actuelle, ne se serait jamais produit si, dès les premiers jours de la révolution industrielle, parfaite liberté avait existé dans le mécanisme des avances du capital au travail. Les premiers manufacturiers n’auraient pu qu’à grand peine conserver la jouissance des énormes bénéfices que rapportèrent à leurs détenteurs les premières machines, s’il avait existé. des facilités permettant à tout travailleur capable d’obtenir le nécessaire pour fonder lui-même une industrie. L’extension des industries aurait eu pour résultat de faire vendre les produits à meilleur marche, cela tandis qu’elle aurait utilisé en son entier le travail déplacé par l’introduction du machinisme et que les salaires auraient monté. Il n’y a pas de raison pour que ce procédé ne se soit pas continué jusqu’à ce que les ouvriers recevant des salaires de plus en plus élevés et les patrons tirant de leurs entreprises des bénéfices de moins en moins considérables, un moment soit venu où il n’eût pas été de l’intérêt du travailleur le plus capable d’assumer les responsabilités d’un patron. Dans un pareil système, l’exploitation du salarié par le salarieur aurait été nulle, et on n’aurait jamais entendu réclamer l’abolition de la libre concurrence.

Durant les XVIIIe et XIXe siècles, l’Angleterre devint le pays le plus important du monde au point de vue du commerce ; et tous les pays civilisés ont servilement suivi son exemple en prohibant l’émission des billets par les banques privées. En présence de cette prohibition, les banques se sont rejetées sur le chèque et, au moyen de cet instrument, ont accompli de véritables miracles en ce qui concerne l’économie de l’usage de l’or. Mais le désavantage fondamental du chèque - quand on le compare au billet - est son manque de puissance de circulation : nous n’acceptons de chèques que des personnes dont l’honnêteté nous est personnellement connue, alors que le billet circule de mains en mains parmi des personnes absolument inconnues les unes aux autres. Le résultat de l’interdiction de la libre émission des billets, c’est que la masse des producteurs se voit réduite à se servir de la quantité existante ou, à son défaut, d’or. Chaque fois que le coût du prêt - le taux de l’escompte - baisse, les affaires deviennent plus prospères, de nouvelles entreprises voient le jour, la demande de travail augmente et les salaires croissent, mais les sommes qu’exigent l’augmentation des salaires et celles des échanges domestiques drainent l’or des banques de telle sorte que les banquiers, pour protéger leur or, sont forcés de restreindre leurs avances. Cette restriction des prêts amène des faillites ; les salaires baissent, il s’ensuit une vague de chômage et l’ouvrier s’en prend au patron du salaire ridiculement bas qu’il lui offre. La lutte entre les nations à l’heure actuelle a pour but de se procurer autant d’or que possible à l’usage des banques ; chaque fois qu’un pays éprouve un accroissement de prospérité, il a besoin d’or. L’État lui ayant interdit de se fournir lui-même de papier, il est forcé d’attirer le métal étranger en haussant le taux des opérations de banque, ce qui commence par rendre impossible, dans le pays même, la vie de quantité d’industries. En présence de cette demande d’or, les autres pays ne peuvent protéger leurs réserves monétaires qu’en élevant leurs propres taux d’escompte et en restreignant en proportion les prêts à leurs clients. C’est là l’explication du malaise profond dont souffre l’industrialisme moderne, c’est-à-dire l’insuffisance des salaires et le fait que les patrons, tout en faisant de beaux bénéfices, sont forcés périodiquement de suspendre la production par suite du manque de puissance d’achat de la collectivité. De plus, la crainte où, par suite de la prohibition légale de l’émission libre, vivent les banques de voir leur or se drainer, les oblige, même en temps normal, à réserver leurs prêts à longue échéance aux emprunteurs possédant des garanties d’une espèce telle qu’elles soient négociables même dans les périodes où l’or fait défaut - c’est-à-dire aux périodes où le taux de l’escompte est élevé, où les débiteurs ont peine à faire face à leurs engagements, où les valeurs de tout repos sont seules négociables.

Aujourd’hui, les banques ne consentent de prêts à bon compte et à longue échéance qu’aux emprunteurs possédant valeurs, hypothèques, etc., - conditions qui privent les masses des petits industriels des avantages d’un crédit bon marché et qui limitent à quelques privilégiés le monopole de l’Industrie. Si les banques avaient pu librement remplacer dans les échanges l’or par le papier chaque fois qu’elles l’auraient jugé convenable, ii y a longtemps que le milieu social, habitué à l’usage du-papier monnaie, aurait renoncé à l’emploi de l’or. Il est évident que un banquier a besoin d’or, plus il peut prêter à meilleur compte, plus aussi il devient facile de se procurer des machines.

La situation est, il est vrai, tant soit peu compliquée, vu la longueur du temps durant lequel nous avons permis aux patrons de conserver leur monopole comparatif du machinisme, mais elle n’est pas désespérée. Accordons aux individus auxquelsle milieu social donne sa confiance la faculté d’émettre les notes de crédit qu’ils jugent convenables. Il en résultera des facilités inconnues pour des nouvelles combinaisons de capitaux concurrençant les trusts boursouflés, maîtres actuels du marché ! Et cette concurrence ne sera pas étouffée, comme elle l’est aujourd’hui, par un drainage automatique des réserves d’or bancaires du pays. Toute nouvelle concurrence tend à réduire le prix des produits et à augmenter les salaires, préparant ainsi le retour aux conditions idéales que j’ai esquissées plus haut.

Les communistes libertaire et la liberté du crédit

Je propose résolument la question à mes lecteurs afin de voir combien on en compte dans le mouvement communiste qui n’aient jamais considéré sérieusement ce sujet. Les communistes libertaires s’élèvent contre le Socialisme d’État parce qu’ils craignent - et à mon sens, ils ont raison - la tyrannie d’une institution centrale, possédant tous les moyens de production. Ils proposent l’établissement de petites communes indépendantes échangeant entre elles les produits de leur travail. Sous ce régime, l’individu n’est libre que dans la mesure où existent d’autres communes qui consentent à le recevoir s’il désire fuir la sienne pour échapper à des réglementations peut-être humiliantes. Lorsque chaque être individuel possède le droit de décider pour soi-même s’il veuf payer quelqu’un d’autre pour travailler pour lui, et lorsque la rémunération offerte à ce quelqu’un d’autre est suffisante pour le faire renoncer à l’occasion, offerte librement, à tout homme le méritant, de produire pour son compte, la société peut certainement être considérée comme plus anarchiste que lorsqu’une règle inflexible dispose que tous les membres d’une commune particulière devront apporter leurs produits à la la « marmite commune » et consommer selon ce que la majorité décidera. D’ailleurs, la libre concurrence n’implique pas nécessairement retour à l’artisanat : c’est la méthode la plus économique de production qui prévaudra. La liberté de mutualité en fait de crédit garantira que tout possesseur de machines paye aux ouvriers un salaire élevé et vende les produits à aussi bon compte que lui permettra ses bénéfices, - étant entendu que ces patrons seront continuellement exposés à la concurrence possible d’autres détenteurs de machines

Il reste à voir si le mouvement communiste libertaire renferme assez de vitalité d’appréciation et de puissance d’application pour étudier, absorber cette question de la liberté du crédit et l’amener à sa conclusion. Nombre d’économistes accordent que le communisme anarchiste est l’idéal ultime de la société. Cependant, il exige, pour être pratiqué, une confiance mutuelle portée à la perfection. Si nous accordons notre confiance à une personne qui n’en est pas digne, ses dispositions à la malhonnêteté ne se trouvent qu’encouragées par l’occasion offerte. C’est ce qui a donné lieu, dans les collectivités civilisées, au système des échanges, dans lequel nous ne livrons les produits de notre travail qu’à l’individu qui peut nous apporter des preuves qu’il a produit ou peut produire de la valeur ; et cette preuve est la monnaie. Dans les temps primitifs, cette monnaie doit représenter elle-même une valeur et on se sert d’or ou d’argent. Plus tard, l’administration de la justice se perfectionnant, et la confiance mutuelle s’accroissant, nous nous servons de papier, garanti par un professionnel à même de juger de l’honnêteté de l’émetteur. Dans l’avenir, le billet individuel portant promesse de créer de la richesse pourra peut-être circuler sans endossement professionnel. Et ce sera un prélude au communisme final. Mais la confiance mutuelle est une plante timide qui ne se développe bien que sous le climat de la liberté ; que l’être individuel choisisse ceux avec qui il veut coopérer, qu’il puisse discuter les termes mêmes de cette coopération, qu’il décide librement combien de son avoir il donnera en échange de ce qu’offre autrui, - et nous pouvons être certains que le système qui est le plus conforme aux intérêt de la majorité s’affirmera graduellement.

Henry Meulen

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O ANARCHIE !

Calomniée, maudite, incomprise, tu es la terreur, l’effroi de notre siècle.

« Tu es le naufrage de tout ordre - s’écrie la multitude - la rage incessante du meurtre et de la guerre. »

Qu’ils crient ! A ceux qui ne se sont jamais efforcés de découvrir la vérité qui gît derrière un mot, à ceux-là, le véritable sens du mot n’a pas été donné. Ils continueront à être des aveugles parmi les aveugles.

O mot si clair, si fort, si pur, tu exprimes tout ce que j’ai pris pour cible. Je te laisse à l’avenir !

Il est à toi dès que chacun s’éveillera à son destin. Sera-ce dans la clarté du soleil ? Dans le frémissement de la tempête ? Je n’en sais rien... mais la terre le verra.

Je suis un anarchiste. Et c’est pourquoi je ne veux ni dominer ni être dominé.

John-Henry Mackay

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L’Idée dominante

I

L’enseignement qui prévaut de nos jours est que les idées ne constituent qu’un phénomène secondaire, impuissant à déterminer les actes ou les relations de la vie. On les assimile volontiers à l’image que réfléchit le miroir et qui dirait au corps dont elle reproduit l’aspect : « Je veux te former ». A vrai dire, si nous savons parfaitement qu’une fois le corps éloigné du miroir, il ne reste rien de l’image, nous n’ignorons pas non plus que le corps réel a sa vie à vivre, insouciant de ses représentations fantomatiques et passagères - en réponse aux sollicitations toujours changeantes des choses qui lui sont extérieures.

C’est ainsi que la soi-disant conception matérialiste de l’Histoire, les Socialistes modernes et une majorité considérable d’Anarchistes, voudraient que nous considérions le monde des idées, des réflexions changeantes comme. sans consistance, n’ayant rien à faire dans la détermination de la vie individuelle, constituant, telles les images formées dans le miroir, comme autant de représentations apparentes, de relations matérielles données, mais absolument impuissantes à influencer le cours des choses matérielles. Pour eux l’esprit est un miroir vierge, quoiqu’à dire vrai il ne le soit jamais entièrement, puisque sans cesse en présence de la réalité matérielle et destiné à réfléchir une ombre quelconque. Aujourd’hui je suis quelque chose et demain je serai autre chose si la scène est modifiée. Mon moi, mon Égo, est un fantôme qui balbutie, qui pirouette dans le miroir, qui gesticule, qui se transforme, d’heure en heure ou de moment en moment, rayonnant de la lueur phosphorescente d’une réalité trompeuse, fondant comme le brouillard sur les hauteurs. Les rocs, les prés, les bois, les ruisseaux, les maisons, les utilités, la chair, le sang, les os, les nerfs constituent des réalités avec, pour chacune, un rôle défini à jouer - douées des caractéristiques qui persistent en dépit des modifications. Mais mon Ego, lui, ne persiste pas ; chaque modification des choses que je viens de nommer le reconstruit tout à nouveau.

Je pense que ce déterminisme implacable est une grande et lamentable erreur qui domine notre mouvement avancé. Certes, il fut un antidote salutaire contre la grande mystification théologique du Moyen Âge, c’est-à-dire l’idée que l’Esprit constituait une entité absolument irresponsable, promulguant des lois de son propre chef à l’instar d’un Empereur absolu, en dehors de toute logique ou de toute suite ou de toutes relations - souverain sur la matière et se déterminant lui-même suprêmement ; certes, je crois que la re-conception moderne du Matérialisme a accompli œuvre saine en crevant cette bulle d’orgueil et en replaçant l’homme et « son âme » à « sa place dans la nature » ; cependant je crois qu’il y a là aussi une limite et que l’idée de la domination absolue de la matière est une erreur aussi dangereuse que le concept de l’Esprit comme existant en dehors de toutes relations avec l’extérieur ; je pense même qu’en ce qui concerne l’influence sur la conduite personnelle, cette dernière conception a été la plus nuisible des deux.

La doctrine du libre arbitre a suscité des fanatiques et des persécuteurs qui, partant de ce point, que les hommes pourraient être bons dans toutes les circonstances - si seulement ils le voulaient - ont cherché à persuader la volonté d’autrui à l’aide des menaces, des amendes, des emprisonnements, de la torture, des galères, de la roue, de la hache, du bûcher - et tout cela afin de rendre bons les méchants et de les sauver en dépit de leur volonté obstinée. Mais si la doctrine spiritualiste - l’âme en premier lieu - a produit de tels êtres, la doctrine du Déterminisme matérialiste a produit des natures changeantes, indulgentes quant à soi, sans dignité, parasites, qui sont « ceci » maintenant et « cela » à un autre moment, et, par principe, ne sont rien. « Mes circonstances m’ont ainsi déterminé » déclare le d&

Par estrellajurkid - Publié dans : etude
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 01:10

 

Je ne cherche ni mon autre et je ne le fuis pas ; résultat d'une erreur de la nature voilà ce que je suis ... je devais naître ailleurs je devais naître dans un autre temps ; dans ce perpétuelle va et viens de ces pensées je conduis ma vie dans ce tunnel noirâtre n'ayant que l'illusion pour illuminer mon chemin.
Qu’est ce qui me retiens ici je me suis demandée une fois...
je vis pour faire pour rassembler une richesse que je n'aurais jamais convoité pour accéder a des statuts que je n'ai jamais désiré...suis je là pour leurs plaisirs ? Pour être  designer autre que je ne  suis pas n'est ce pas ces autres que tu veux que je regarde ?
Je suis là pour que les autres vivent  et je hèle dans un dernier souffle, mère nature n'est ce pas ton rôle ? Dans cet état de monologue je réclame toujours un statut déchus le seul que je n'ai jamais osé nommé et mon autre refuse de continuer le jeu

Par estrellajurkid - Publié dans : pensées perso
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 01:05

je t'avais présenter le soleil et un monde de merveille
je t'avais fait cadeau de ma vie  et  fait objet de ma plume
je t'ai tenu contre moi narguant les tempêtes
je t'ai comblée de soins et accablée de douceur
peut être es tu parti étouffée d'amour
tant de passion te faisait elle peur ? tu n'en a rien dis
toucher une âme pure t'horrifier a ce point? je l'ignorerais pour toujours
dans ton excès d'orgueil dans une emprise totale d'amour propre je l'ai tué...oui je l'ai tué
pour ne plus t'aimer je t'ai tué en moi ; pour ne plus te sentir j'ai abandonné cet espoir j'ai détruis mon coeur et anéanti tout émoi je t'ai abandonnée … mon coeur
je t'ai nommée empreure dans un monde ou j'étais ton seul serviteur ton seul adorateur maintenant que tu as abandonnée ton royaume ne pense rien réclamer car il n'y a plus de royaume seulement un vide ,un  froid ; ... et un coeur sans émoi

Par estrellajurkid - Publié dans : pensées perso
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Mardi 13 juin 2006 2 13 /06 /Juin /2006 01:01

MA BULLE


Je me suis façonnée un monde solitaire à la CRUSOE mais  c’était mon choix plus que l’œuvre du destin

Englobée dans ma bulle, refusant de la partager avec une autre âme sur cette terre morose.

Je vis entièrement seule rythmant ma vie selon mes envies ne me confiant qu’a des êtres qu’a des objets incapable d’écho .

J’évite les gens je refuse leurs présents je me suffit de moi-même et je leur refuse tout statut dans mon cocon

Un jour pourtant j’ai décidé de changer j’ai commencé par leur dire bonjour de sourire a ce monde qui m’entoure je n’ai reçu que cuisants douleurs déprimes et malheurs.

Je me soucis point de leur mots et je ne réalise guère leur présence je voudrais seulement retourner a ma bulle je voudrais  traverser cette rivière rester auprès de mes songes de naguère.

Je ne me retrouve que parmi ce que vous appelez des ruines ; fuir vos voix et vos émois voilà mon seul désir … les  vivre est un vrai supplice …appelé par mon autre châtiment de l’haut de là

Mémoire ! balaye ces cruels de tes entrailles et rappel moi seulement comme j’étais heureuse enfuie dans ma petite bulle
Par estrellajurkid - Publié dans : pensées perso
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Lundi 22 mai 2006 1 22 /05 /Mai /2006 23:10

Leo Strauss et le bien commun:

Le bien commun est une source fondatrice de la légitimité des décisions. Leo Strauss traite de cette question dans le chapitre III de « Droit Naturel et Histoire » (ci-après DNH). Il distingue très clairement légalité et légitimité. Rien ne garantit que les lois soient justes (« elles peuvent très bien être l'œuvre d'imbéciles ou de fripouilles » DNH :99). La légalité n'est légitime que si elle sert le bien commun. Mais le bien commun ne peut être conventionnel, or les lois le sont par nature. Elles ne peuvent être qu'une interprétation de ce qui est juste hic et nunc. Et ce qui est juste dépend de chaque cas, de chaque cité et ne peut relever de la connaissance scientifique, ni même de la connaissance sensible. Aussi « déterminer ce qui est juste dans chaque cas, tel est le rôle de l'art et de l'habileté du politique, comparables à l'art du médecin qui prescrit dans chaque cas ce qui est bon pour la santé du corps humain » (DNH :100)

Pour Strauss, le politique est guidé par une conscience du tout : « avant toute perception particulière, il faut à l'âme une vision des idées, une vision du tout dans son articulation » (DNH :119). Mais ce tout nous est par nature inaccessible et notre perception de ce tout n'est qu'une simple opinion car nous n'en avons que des visions parcellaires qui sont des « appréhensions inadéquates de l'appréhension fondamentale du tout ».
Cette tension vers le tout est la traduction de la tension entre Athènes et Jérusalem, entre la société régie par la loi et entre la société régie par la morale parfaite, et est le moteur de la vie politique. Elle est un vecteur de l'évolution des croyances, puisque, à l'opposé de la vision hégélienne de Kojève, le philosophe politique ne sait pas et ne dirige pas, mais à la manière de Socrate, pose des questions fondamentales sur le sens de l'action publique et de la bonne société. La philosophie politique est plus modestement une tentative de passage de l'opinion à la connaissance (Tanguay, 2004 :193).
Il en résulte une structuration téléologique de la politique qui est la recherche du compromis entre le droit naturel, expression du bien commun mais par nature inaccessible, et les exigences contingentes de la vie de la cité :
« La vie civile est en son essence un compromis entre la sagesse et la folie, c'est-à-dire entre le droit naturel tel qu'il apparaît à la raison ou à l'entendement et le droit fondé sur l'opinion seule. La vie civile requiert l'amendement du droit naturel par le droit simplement conventionnel. Le droit naturel ferait l'effet d'une bombe incendiaire dans la vie civile » (DNH :141).
Le bien politique est ainsi « ce qui supprime beaucoup de maux sans choquer trop de préjugés ». Pour Strauss, l'antagonisme entre Athènes et Jérusalem est une aporie et doit le rester. La question du bien commun doit rester une question ouverte pour gérer le compromis entre la sagesse du philosophe qui n'agit pas et la folie du positivisme de la raison embrasée par la toute puissance de la technique et de la science.

Vient de paraître:

Leo Strauss une autre raison, d'autres lumières : Essai sur la crise de la rationalité contemporaine

de Corine Pelluchon

S’interroger sur l’héritage des Lumières modernes, c’est prendre la mesure de la crise de la rationalité contemporaine. Strauss pense que la crise de notre temps vient du fait que la question sur la fin de l’homme a été exclue de la politique et de la raison. Suivant Strauss dans sa reconstruction de la logique destructrice de la modernité, l’auteur décompose la conscience religieuse et politique moderne en se demandant si les véritables Lumières ne supposent pas la réactualisation du rationalisme classique et de la conception de l’homme qui le sous-tend. Que pouvons-nous apprendre de la notion maïmonidienne de Loi et en quel sens la démocratie libérale peut-elle recevoir son soutien de la pensée prémoderne et de la tradition?


« L'éducation libérale qui consiste en un commerce permanent avec les plus grands esprits est un entraînement à la modestie la plus haute, pour ne pas dire l'humilité. Elle est en même temps un entraînement à l'audace : elle exige de nous une rupture complète avec le bruit, la hâte, l'absence de pensée, la médiocrité de la Foire aux Vanités des intellectuels, comme de leurs ennemis. Elle exige de nous l'audace impliquée dans la résolution de considérer les opinions ordinaires comme des opinions extrêmes ayant au moins autant de chances d'être fausses que les opinions les plus étranges ou les opinions les moins populaires. L'éducation libérale est libération de la vulgarité »

Leo Strauss, Qu'est-ce qu'une éducation libérale ?, in Le libéralisme antique et moderne

LA QUESTION DU DROIT NATUREL FACE AU RELATIVISME

Les concepts clés

Les thèmes philosophiques essentiels


 

"Ce qui est en jeu dans l'oeuvre de Strauss, c'est la philosophie, ou plus précisément une figure de la philosophie, une manière de faire de la philosophie que nous ne connaissions pas ou que nous ne connaissons plus. Je dis que nous ne connaissons plus parce que le premier élan vers la philosophie que l'on éprouve, souvent dans la générosité de la jeunesse, est précisément le bon et que c'est la suite, ce sont les études de philosophie et les poses philosophiques de ceux qu'on dit aujourd'hui " philosophes " qui font perdre la passion et la vérité de cet élan. Mais je veux également dire que la philosophie que défend Strauss, et qui explique qu'il ne s'est jamais attribué le titre de philosophe et qu'il a enseigné dans une faculté de science politique, est une philosophie inactuelle, une philosophie qui semble en tout cas d'un autre âge. Elle est peut-être d'un autre âge, mais elle est peut-être aussi la philosophie éternelle."

LEO STRAUSS
L'esprit de son intervention philosophique (Olivier Seyden)

L'enseignement de Léo Strauss

Le thème de l'enseignement de Leo Strauss est la dialectique destructrice de la modernité: elle a fait de la raison le moteur de l'activité humaine, mais une raison fondée sur sa toute puissance et se détachant de la réflexion sur les valeurs. Ce rationalisme dérive vers la toute puissance de la philosophie du sujet pour qui la raison est la source du droit et qui s'exprime par les pleins pouvoirs de l'homme sur la nature. Strauss a commencé son oeuvre à l'époque où cette volonté de puissance atteignait le dégré ultime de l'irrationnalité. Le culte de la raison aboutit à la destruction de la raison humaine.

L'oeuvre de Strauss vise à refonder le rationalisme dans la philosophie politique en rappelant le lien qui doit unir la loi et le sens, lien que la modernité a rompu. La crise de notre temps est une crise de la philosophie politique: c'est la définition moderne de la raison qui est en cause, par la foi dans la raison elle-même.

La force de la philosophie politique classique était de se poser la question des valeurs, et de ne pas séparer l'analyse des faits de celles des valeurs comme le propose Max Weber qui fonde les bases du relativisme moderne.

Strauss n'est pas un adversaire de la démocratie libérale: il considère au contraire qu'elle s'autodétruit en plaçant le relativisme et le positivisme au coeur de sa rationalité. Intéressé par l'oeuvre de Carl Schmitt qui fut un critique pénétrant de la doxa libérale, mais resta lui-même prisonnier du rationalisme et élève de Hobbes, le fondateur du libéralisme. Sa critique du libéralisme ne pouvait aboutir à refonder le libéralisme, et Carl Schmitt ne voyait de solution que dans la dictature car il ne pouvait sortir de la conception moderne de la raison qui ne s'exprime que par la domination de la nature par l'homme, dès lors il ne peut que s'affirmer dans la lutte contre l'ennemi.

La philosophie de Strauss tend essentiellement à souligner le caractère politique de toute philosophie et la nécessité pour la politique de se fonder sur la philosophie pour échapper à la tyrannie. Dénonçant - il est rejoint en celà par Hannah Arendt et Karl Popper - les dérives de la modernité et des Lumières en ce qu'elles peuvent promouvoir le relativisme et le nihilisme, il rappelle les fondamentaux de la philosophie politique des classiques et du droit naturel: l'homme a des droits de par sa nature qui échappent au droit conventionnel qu'il peut édicter. La rupture principale est celle de la séparation entre les faits et les valeurs - théorisée par Max Weber - qui ne supprime pas les jugements de valeur, comme le prétend la modernité, mais les fait procéder d'une illusion d'analyse objective des faits et non plus d'une interrogation philosophique. La philosophie politique est dès lors remplacée par l'histoire de la philosophie politique, racontée par un spectateur non engagé et supposé scientifique. La politique devient une "science" qui exclue l'interrogation philosophique.

Strauss défend le principe de la société ouverte face aux nihilistes - en premier lieu le nihilisme allemand qui déboucha sur le nazisme - mais n'est pas pour autant un adepte de "l'Etat universel mondial" de Hegel. Il voit dans la disparition de tout défi, la société parfaite, sans idéal, la réalisation du projet du nihilisme passif qu'annonçait Nietzsche dont le rejet a provoqué celui de la modernité dont l'expression ultime fut le nazisme.

Sur l'organisation du monde, Strauss serait sans doute aujourd'hui un "souverainiste" et un tiède partisan de la "pax americana". Strauss s'était directement opposé à Kojève - fondateur intellectuel de l'eurocratie - qui, après l'échec de Napoléon censé avoir réalisé la fin de l'histoire le 14 octobre 1806 (en demandait-il tant?), puis de Staline, allait reporter ses espoirs "d'Etat universel et homogène" sur l'usine à gaz bruxelloise. Pour Strauss "l'Etat universel et homogène" correspond à « un État dans lequel la base de l'humanité humaine s'effondre ou dans lequel l'homme perd son humanité. C'est l'État du « dernier homme » de Nietzsche.» (Critique du Hiéron de Xénophon).

  • "Strauss describes the purpose or project of modernity as "the universal society, a society consisting of free and equal nations, each consisting of free and equal men and women, with all these nations to be fully developed as regards their power of production, thanks to science." (essay, "The Crisis of Our Time") It is interesting to note that this crisp conception makes clear that globalism is not the inevitable culmination of modernity, as its proponents believe, but a perversion which would first make nations unfree and then abolish them outright. Strauss was a trenchant anti-globalist avant la lettre, writing that "no human being and no group of human beings can rule the whole of the human race justly." (Natural Right and History) His most serious reservation about the Cold War was its lurking premise that the undesirability of Soviet world rule implied the desirability of American world rule. He believed that world citizenship is impossible, as citizenship, like friendship, implies a certain exclusivity, and universal love is a fraud. (I would say if it exists, it is the province only of God.) Good men are patriots or lovers of their patria or fatherland, which must by definition be specific. The United Nations has failed in its fundamental mission: to prevent war."

  • "(...) Sous le couvert de l'érudition et de l'histoire de la pensée politique, Strauss énonce les deux questions constitutives, selon lui, de la philosophie politique: quelle est, en vérité, la nature des choses politiques? quel est le meilleur régime politique, l'ordre politique juste et bon?
  • (...) Il mène un combat sur plusieurs fronts dont les enjeux sont au coeur de la crise de notre temps.
      • D'abord contre le positivisme contemporain qui, à partir de la distinction entre faits et valeurs, jette le discrédit sur toute forme de pensée qui procède par évaluations et ne reconnaît la qualité de science qu'aux formes de connaissance qui se proclament éthiquement neutres. C'est le cas de Max Weber, "le plus grand sociologue de notre siècle", selon Strauss. Ce n'est pas tant l'opposition de l'être et du devoir-être qui fonde la rupture entre faits et valeurs que la conviction, propre au polythéisme des valeurs, qu'il ne peut pas y avoir de connaissance authentique du devoir-être. Enfin, le positivisme, sous ses différentes formes, prétend rompre avec les illusions du sens commun. (...)
      • Si le positivisme tend à diluer les choses politiques de par la confusion qu'il instaure entre les choses humaines et les choses infra-humaines, l'historicisme, pour sa part, ruine l'idée de meilleur régime. En ce sens, il reçoit, dans l'économie de l'offensive straussienne, la qualité d'ennemi principal.
  • Selon nos contemporains, "toute pensée humaine est historique et par là incapable d'appréhender quoi que ce soit d'éternel. Tandis que, chez les Anciens, philosopher signifie sortir de la caverne, chez nos contemporains, toute démarche philosophique appartient à un "monde historique", à une " culture ", à une "civilisation" ou à une Weltanschauung , en somme précisément à ce que Platon appelait la caverne. Nous appellerons cette théorie l'"historicisme" (Droit naturel et histoire , p. 26).
  • extrait de l'article de l'Encyclopedia Universalis

Que reproche Leo Strauss à la science politique moderne?

De se prendre pour une science, précisément. "La nouvelle science politique regarde les choses politiques de l'extérieur, du point de vue neutre de l'observateur étranger, de la même façon qu'elle considérerait des triangles ou des poissons " alors que la science politique aristotélicienne les considérait du point de vue du citoyen. La science politique se veut positiviste, c'est à dire comme étant capable de décrire parfaitement la politique comme une science parvenat à la vérité et à la perfection. Elle fondée sur la premisse weberienne de la séparation entre les jugements de faits et les jugements de valeur. De là; il n'y a pas pour elle de différences essentielles mais que des différences de degré. Comprendre les choses politiques se ramène à "comprendre ce qui s'est passé" sans se poser de question sur les valeurs. "En particulier - conclut Strauss - la nouvelle science politique ne peut admettre qu'il existe quelque chose comme le bien commun".

Ce relativisme amène la démocratie libérale à se détruire elle-même:

  • "le formalisme le plus pauvre est ainsi parvenu à oblitérer complètement les très complexes arguments pour ou contre la démocratie libérale. Un rituel qui se nomme méthodologie ou logique est parvenu à cacher la crise de la démocratie libérale... Il n'est donc pas étonnant que la nouvelle science politique n'ait rien à opposer à ceux qui sans hésitation préfèrent capituler, ce qui signifie l'abandon de la démocratie livbérale, devant la guerre"

Tout comme Hannah Arendt - avec laquelle il ne s'entendait pas - la République de Weimar est l'illustration de cette incapacité de la science politique moderne à penser la démocratie libérale. Dès lors, les véritables modernes, la quintessence du progrès vu du poinbt de vue positiviste, est la victoire des fascistes et des nazis.


Apprendre à lire Leo Strauss

L'économiste Brad De Long a entrepris la lecture du Machiavel de Leo Strauss, qu'il ne connaissait pas. il y a découvert la réalité de la pensée du philosophe: Machiavel adhérait à l'idéal classique de l'enseignement de l'Ethique d'Aristote: les hommes sont obligés de vivre vertueusement. Mais Machiavel prend acte que la vie vertueuse n'est pas payante sur le plan politique. Le Prince doit alterner l'exercice du vice et de la vertu en fonction des circonstances. Machiavel prend acte de la fin des principes de la philosphie politique classique, mais il reste profondément républicain. Seulement, le personnel politique n'est plus à la hauteur de cet idéal et le conseiller du prince doit savoir le manoeuvrer pour que le vice puisse servir la vertu.

A première vue, Strauss condamne Machiavel puisqu'il consacre l'abandon de la philosophie politique classique. Mais à bien le lire, il est sans doute lui aussi machiavelien: les principes de la philosophie politique classique peuvent triompher en jouant des circonstances et du goût pour le vice et la vertu des dirigeants.

Pourquoi faut-il haïr Leo Strauss?

Leo Strauss, l'historicisme et le positivisme

" Leo Strauss est celui par lequel l'étude de la philosophie politique a été revivifiée aux États-Unis, alors qu'elle était diluée dans les sciences sociales, dont le positivisme étroit en faisait une sociologie de bazar. Mais il était surtout un ami de la démocratie.

Les analyses de Leo Strauss cristallisent toutes les haines, car leur auteur dessine les contours de la « crise de la modernité » (ou de la modernité comme « crise ») en replaçant le libéralisme dans la perspective de sa genèse intellectuelle et dans son rapport aux fondements de l'autorité chez les Modernes, en méditant les apports de Machiavel, de Hobbes et de Rousseau.

Strauss focalise toutes les haines, d'abord au sein même du monde universitaire, car il est l'un des rares à avoir souligné le caractère problématique du positivisme des sciences sociales et de l'historicisme, et la négation des valeurs qui leur est co-naturelle, à l'œuvre dans les idéologies du progrès. Ces idéologies fondent tous les espoirs d'une politique juste et d'un meilleur régime dans la transformation de l'homme : le positivisme s'est allié à l'historicisme pour dessiner les formes de l'homme nouveau en rejetant toute idée d'une unité de l'homme, en s'interdisant toute idée d'une nature humaine. Les sciences sociales, qui avaient cru que la formule de Lord Kelvin (« Ce qui ne se mesure pas ne peut être objet de science ») allait enfin leur permettre d'accomplir le projet que Descartes envisageait dans la partie 6 de son Discours de la Méthode, ont eu affaire avec Strauss à des objections sérieuses qu'elles ont accueillies avec crainte et mépris.

Strauss focalise toutes les haines, car il est de ceux qui ont vu se profiler dans les Lumières modernes européennes le risque de l'idéologie et la figure du dernier homme, dont le rejet violent de la plausibilité d'une autorité transcendante s'est accompagné d'un enracinement de la seule volonté libre comme principe de la nouvelle humanité.

Il focalise toutes les haines encore, car il ouvre à nouveaux frais le dossier que l'on croyait clos de la Querelle des Anciens et des Modernes, querelle qui avait vu le triomphe apparent des Modernes.

Il focalise toutes les haines, toujours, parce qu'il montre avec patience, force et clarté que si on retourne humblement lire les penseurs classiques, alors notre intelligence de la « crise de notre temps » se formule non en termes de « besoins vitaux » mais en quelque manière sous la forme d'une rationalité conduite par une haute exigence, alors que Marx nous avait dit qu'il n'était plus temps de comprendre le monde, mais qu'il fallait le transformer.

Enfin, il suscite les haines parce qu'il vient déranger nos certitudes critiques, et en particulier cette grande et belle certitude révolutionnaire qui consiste à croire que la critique de la tradition est le dernier mot de la modernité, alors qu'elle est devenue elle-même, comme le sarcasme voltairien, une mode transformée en tradition, plus conservatrice que le conservatisme qu'elle prétendait dénoncer. La nouvelle tradition est la tradition qui ne croit plus en rien et qui sait qu'on ne doit croire en rien. La nouvelle tradition est la tradition d'une génération pour qui le nihilisme est l'horizon indépassable, d'une génération dont la religion est sans dieu et dont la morale est sans fondement rationnel. Elle est la tradition du progrès médical érigé en nouvelle frontière; elle tend à être, pour tout dire, la tradition de l'euthanasie de la raison qui est aveugle à toute entreprise spirituelle. "

Le Prophète et la Cabale

 

La question du droit naturel est à la base de celle du bien commun

" Reconnaître l’existence du bien commun n’est donc pas une volonté de soumettre la liberté individuelle à un ordre moral, mais créer l’espace pour une délibération sur le sens que nous voulons donner à notre condition de citoyen.
Cette délibération s’inscrit dans deux conceptions différentes du bien commun, issue de ce que Leo Strauss nomme « la crise droit naturel moderne »: Le droit naturel classique distinguait peu l’homme du citoyen. Le christianisme fait de l’homme le détenteur de sa liberté ultime, indépendamment de son insertion dans un corps social . Il s’ensuit pour le droit naturel moderne un débat sur les places respectives de l’homme en tant qu’individu et l’homme en tant que membre du corps social. L’occident se divise entre un courant lockiste - qui domine en Amérique—postulant que la maximisation de l’intérêt individuel ne peut qu’aboutir à la recherche du bien commun, et un courant rousseauiste - qui domine en France—postulant au contraire que le bien commun ne peut être recherché que dans une société organisée autour du contrat social et éduquant à la vertu l’individu privé . Ces conceptions sont toutes deux en crise face à la complexité des sociétés ouvertes soumises à un questionnement permanent de leurs repères.
En 1987, une bombe éditoriale éclate aux Etats-Unis avec la publication du livre d’Allan Bloom « L’âme désarmée, essai sur le déclin de la culture générale ». Ce livre, à la grande surprise de son auteur, universitaire et théoricien des sciences politiques, fut un grand succès. Allan Bloom y dénonçait le relativisme prédominant chez les étudiants, non seulement comme une position épistémologique qui mettait en cause les capacités de la raison humaine, mais comme une position morale qui reposait sur ce postulat : on ne doit pas contester les valeurs d’autrui. Allan Bloom mettait en relief l’influence prédominante de la philosophie politique allemande et de l’hégélianisme sur les élites occidentales comme source du goût pour les théories absconses, l’historicisme et le relativisme culturel dans l’intelligentsia. « Le relativisme culturel détruit à la fois l’identité du sujet et le bien en général » et nous mène tout droit au nihilisme et à la mort de la liberté individuelle. Chacun a droit à ses valeurs, justifiées par le seul fait qu’elles sont des valeurs, « il y a toujours des justifications à ces valeurs: les nazis en avaient, les communistes en ont; les voleurs et les maquereaux aussi …le nihilisme s’est fait moralisme » . Cette « tolérance obligatoire » imposée par le relativisme est en fait, pour reprendre l’expression de Leo Strauss, un « séminaire d’intolérance » .
Présenté comme un progrès au nom d’une conception vidée de sens des « droits » de la personne, ce relativisme politique, culturel et moral est le nihilisme tel que le définissait Nietzsche : l’abandon de la confrontation au réel avec ses troubles et ses interrogations pour la fuite dans un monde fictif basé sur des valeurs de circonstance et utilitaristes, qui justifient tout et suppriment le doute. Ce monde est celui de l’uniformité, d’où tout sens a disparu.

  • « Ma conclusion -écrivait Nietzsche -est que: l’homme effectif représente une valeur de beaucoup supérieure à celle de l’homme « désirable » selon un quelconque idéal,…que toutes les désirabilités eu égard à l’homme ont été des chimères absurdes et dangereuses par lesquelles une espèce particulière d’homme a voulu imposer comme loi à l’humanité ses propres conditions de conservation et de croissance; que toute « désidérabilité » (…) parvenue à la souveraineté a rabaissé jusqu’ici la valeur de l’homme, sa force, sa certitude de l’avenir ».

Extrait de "Gouverner par le bien commun"

Pourquoi "l'affaire" Leo Strauss ?

Peut-il y avoir un "parti du bien commun"?. Autrement dit, un gouvernement - l'administration Bush en l'occurrence -ou parti quelconque peut-il se réclamer du bien commun et agir par la coercition pour son achèvement? Le bien commun n'est par définition la propriété de personne puisqu'il ne procède pas du droit positif mais du droit naturel. C'est un questionnement qui permet de fonder la légitimité des décisions politiques, comme je le montre dans le chapitre 4 de "Gouverner par le bien commun". La prétention d'un membre de l'administration Bush à se revendiquer du bien commun et de Leo Strauss - en eut-il été l'élève - pour installer partout dans le monde la pax americana aurait donc du rester une galéjade.

Pourquoi cette affaire prend-elle donc une telle démesure?

C'est la gauche qui, en réalité, fait écho à la campagne des néo-conservateurs en lui donnant quitus - et bien au-delà - de sa distorsion de la pensée de Strauss. Cela n'est pas étonnant: la gauche s'est massivement convertie au relativisme des valeurs depuis le début des années 1970. L'idée du bien commun, le rappel du questionnement socratique, du caractère essentiellement philosophique de toute politique et de la nécessité de s'interroger sur la nature du bien et du mal, lui est insupportable.

Mais n'est-ce pas là le triomphe de ce que n'ont cessé de dénoncer Leo Strauss, Hannah Arendt, Karl Popper et bien d'autres: la dérive des Lumières dans le rationalisme et le positivisme. La raison devient sa propre fin et sa propre justification. En voulant rattacher la raison à une réflexion sur les valeurs, en voulant refonder la politique sur la philosophie, Leo Strauss rappelle à la gauche sa trahison de l'esprit des Lumières et sa dérive vers le totalitarisme et le nihilisme, une conception édulcorée des Droits de l'homme transformés en "droits à" du consumérisme hédoniste dont Nietzsche annonçait la venue dans "Ainsi parlait Zarathoustra", comme l'a brillament illustré Allan Bloom dans The Closing of the American Mind (qui n'est plus disponible en français!).

Le délire de "l'affaire" Leo Strauss qui voit la gauche faire cause commune avec la droite conservatrice est en fin de compte la plus parfaite illustration de la pertinence de l'oeuvre de Leo Strauss, qu'il ne faut cesser de lire et de relire, car les problèmes qu'il aborde sont éternels.

 

Par estrellajurkid - Publié dans : articles d'ailleurs
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